Une gratuité payante?

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(Québec) Il peut paraître contradictoire de prôner la gratuité lorsque la précarité des finances publiques commande des resserrements. Rendre gratuite la psychothérapie en bureau privé pour traiter les cas de dépression et d'anxiété pourrait toutefois se traduire en économies pour le Québec. L'austérité budgétaire ne doit pas condamner à l'oubli cette recommandation du Commissaire à la santé et au bien-être.

Les besoins en santé mentale sont bel et bien réels. Une personne sur cinq est susceptible d'avoir un trouble mental au cours de sa vie. On s'inquiète beaucoup du cancer, mais les troubles mentaux sont la deuxième maladie chronique en importance. L'Organisation mondiale de la santé prévoit même que ces troubles, plus spécifiquement la dépression, deviendront la principale cause de morbidité dans le monde d'ici 2030.

Pas besoin de scruter les statistiques pour saisir l'ampleur du problème. Nos expériences personnelles et dans nos milieux de travail ne trompent pas. Pire, les drames rapportés par les médias nous révèlent que les services en santé mentale sont parfois si déficients qu'ils conduisent à des tragédies qui auraient pu être évitées.

Aurions-nous l'idée de prescrire seulement des médicaments à une personne souffrant d'un cancer? Accepterions-nous qu'un cardiaque en crise attende des semaines, voire plusieurs mois, pour voir un spécialiste? Sûrement pas. C'est cependant le sort de milliers de Québécois aux prises avec des problèmes émotifs ou psychologiques à qui les médecins proposent des antidépresseurs, sachant bien qu'ils ne peuvent s'offrir la psychothérapie à plus de 80 $ l'heure et qu'ils devront attendre des semaines pour obtenir un rendez-vous avec un professionnel du secteur public.

Plusieurs rueraient dans les brancards si les mieux nantis et les personnes détenant des assurances privées avaient systématiquement et rapidement des soins physiques, alors que les plus pauvres devaient attendre et souffrir parce qu'ils n'ont en main que leur carte d'assurance maladie. L'existence d'un système à deux vitesses en santé mentale ne suscite pas d'émoi alors que le même souci d'équité et d'efficacité devrait primer.

Dans son rapport d'appréciation de la performance du système de santé et de services sociaux remis au début du mois, le commissaire Robert Salois suggère de corriger le tir. Il invite le gouvernement à évaluer différents modèles organisationnels pour donner accès à la psychothérapie à toute personne ayant un trouble mental requérant un tel service. Selon le commissaire, la psychothérapie est un traitement efficace à court, moyen et long terme qui devrait être couvert par notre régime d'assurance maladie.

Le commissaire Salois reconnaît que des coûts importants sont rattachés à sa demande. Son bureau les évalue entre 400 et 500 millions $ par année. Il estime toutefois que compte tenu des retombées positives (moins d'absentéisme au travail, moins de consommation de médicaments, moins d'hospitalisation), cet ajout au panier de services doit être considéré comme un investissement et non comme une dépense. Son rapport fait d'ailleurs état d'études constatant que les interventions psychologiques permettent de réduire de 20 à 30 % la facture des services médicaux.

Le Royaume-Uni et l'Australie ont, par des approches différentes, facilité l'accès à la psychothérapie. Au Québec, le ministre Réjean Hébert n'a pas fermé la porte. Il a promis de solliciter une analyse coûts-bénéfices à l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux. Le ministre veut réaliser une petite révolution en matière de soins à domicile. Il a l'occasion d'en mener une autre en santé mentale. Les citoyens, mais aussi les finances publiques, pourraient s'en porter mieux.

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