Laxisme inc.

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(Québec) Le dérapage budgétaire du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) donne encore une fois aux contribuables québécois la désagréable impression d'être le dindon de la farce. Des gestionnaires de fonds publics défoncent leur budget et contournent les règles, mais qu'importe. Bienvenue chez Laxisme inc., où l'impunité est garantie.

À quoi sert l'imposant organigramme du réseau de la santé avec ces paliers, ces conseils d'administration, ces équipes de direction? Les personnes qui s'y retrouvent ont normalement les compétences et l'expérience pour gérer de façon judicieuse et efficace les millions de dollars qui leur sont confiés pour remplir la mission d'un centre hospitalier universitaire.

Comment peut-on arriver à un fiasco comme celui du CUSM, qui nous rappelle un autre dérapage financier survenu il y a cinq ans à l'Université du Québec à Montréal? Dans ce cas aussi, des contrôles défaillants ont été observés par le Vérificateur général.

Avec ses 15 000 employés et un budget de 1 milliard$, le CUSM est le deuxième établissement de santé en importance au Québec. Pour l'année 2012-2013, son déficit risque d'atteindre 115 millions$. Du jamais-vu. En fait, la situation budgétaire ne cesse de se détériorer depuis 2009 si bien que le ministre de la Santé a demandé en septembre à un comité d'examiner le tout de près. Le constat est troublant. Les facultés d'administration pourraient s'en servir pour fournir de mauvais exemples de gestion à leurs étudiants.

L'équilibre budgétaire ne faisait pas partie des priorités au CUSM. Pas plus d'ailleurs que la recherche d'une productivité accrue. La direction se souciait peu également d'obtenir des autorisations de l'agence régionale de la santé pour engager des fonds supplémentaires.

Le CUSM a ainsi, sans justification, payé 888 897 heures travaillées de plus, soit l'équivalent de 500 postes à temps plein. Il a perdu plus de 15 millions$ dans une aventure immobilière, il a utilisé le don d'une fondation pour atteindre un équilibre factice. L'organisme à but non lucratif crée pour gérer le système informatique affiche lui aussi un déficit. Le tableau n'est guère plus reluisant du côté du centre de recherche qui ne fait pas ses frais.

Il est certes facile de désigner comme coupable l'ancien directeur général Arthur T. Porter, en poste de 2004 à 2011. Le parcours de l'homme soulève en effet de sérieuses interrogations. Mais il n'en demeure pas moins que M. Porter n'était pas seul dans son organisation. Comment se fait-il que personne n'ait pris la situation au sérieux avant l'arrivée d'un nouveau ministre? Comment expliquer que des personnes signent des documents et prétendent par la suite ne pas être au courant d'une décision?

Dans la conclusion de son rapport, le comité Baron soutient que c'est quasi impossible que la haute direction n'ait pas eu le diagnostic exact de la situation. «Ce sont tous des cadres avec une très vaste expérience.»

Le comité a constaté que la haute direction n'a pas transmis une information complète et pertinente au conseil d'administration. Mais ceux-ci ont-ils posé des questions ou considéré que les fonds publics étaient illimités? Résultat: le déficit progressif n'a pas reçu toute l'attention requise et les directives pour colmater les brèches. L'Agence de la santé de Montréal reçoit aussi des blâmes pour avoir allongé des fonds, ce qui n'incitait pas la direction à faire preuve de rigueur.

Un nouveau conseil d'administration et une nouvelle équipe de direction sont en poste. Le ministre a aussi nommé un accompagnateur pour aider le CUSM à retrouver l'équilibre. Québec doit être intraitable dans ce dossier. Le message doit être clair pour tous: les fonds publics ne sont pas de l'argent de Monopoly.

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