Un barrage à Gaza

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(Québec) La réaction du gouvernement québécois ne s'est pas fait attendre, la semaine dernière, après que le premier ministre Stephen Harper ait annoncé qu'Ottawa accordait une garantie de prêt à Terre-Neuve pour le projet hydroélectrique de Muskrat Falls.

Le ministre des Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier, et sa collègue aux Ressources naturelles, Martine Ouellet, se sont tous deux indignés de cette entente «contraire aux intérêts du Québec», qui permettrait, selon eux, à Terre-Neuve de faire concurrence à Hydro-Québec sur les marchés américains.

Le Québec, victime d'une injustice fomentée par Ottawa et Terre-Neuve? Sérieusement? Il doit y avoir une erreur.

On parle ici d'une centrale de 824 mégawatts (MW) dont la moitié de la production est destinée à Terre-Neuve et 200 MW à la Nouvelle-Écosse, ce qui laisse à peu près 200 MW à écouler sur les marchés américains. Une souris à côté de la puissance installée d'Hydro-Québec Production (36 500 MW).

Ça fait beaucoup d'indignation pour très peu de mégawatts, mais voici un petit calcul qui devrait permettre à nos ministres de reprendre leurs esprits.

D'un côté, nous avons les 200 MW de Muskrat Falls qui seront produits à quelque chose comme 14 ou 15 ¢ le kilowattheure, pour un marché où la chute des prix du gaz naturel a entraîné celle du kilowattheure, qui traîne aux environs de 5 ¢.

De l'autre, il y a l'énergie produite par Churchill Falls, qu'Hydro-Québec achète de Terre-Neuve depuis 1976. Churchill Falls, c'est la deuxième plus grande centrale souterraine au monde, après la centrale Robert-Bourassa (LG2), un monstre de 5428 MW dont presque toute la production nous est à peu près donnée, à 0,3 ¢ le kWh. Et l'entente est coulée dans le béton jusqu'en 2041.

On a beau crier au loup, difficile de verser des larmes sur notre sort.

La garantie de prêt consentie par Ottawa crée peut-être un précédent - ou plutôt une exception - mais le tort causé au Québec n'est encore que très hypothétique.

En effet, rien ne garantit que le projet Muskrat Falls voie le jour dans un avenir prévisible. Le gaz naturel est une option beaucoup moins coûteuse pour la Nouvelle-Écosse, et moins risquée qu'une production hydroélectrique acheminée par deux câbles sous-marins de plus de 100 kilomètres, d'une part. Et puis le projet ne manque pas d'opposants à Terre-Neuve même, sur les plans économique, politique et environnemental.

L'annonce a pour l'instant une saveur essentiellement politique. Deux leaders conservateurs qui remplissent une promesse faite par Harper pour un projet qui a une grande valeur symbolique, tant pour Terre-Neuve que pour Québec, comme on l'a vu.

Il s'agit moins de transformer de l'eau en électricité que de convertir les votes libéraux et néo-démocrates en votes conservateurs.

Si le gouvernement québécois veut vraiment tenir Ottawa en dehors de la production d'électricité, qu'il négocie lui-même une entente permettant à Terre-Neuve de produire de l'électricité, à un coût raisonnable. Idem pour Terre-Neuve. Notre voisine est, géographiquement parlant, dans un cul-de-sac; on ne peut lui reprocher d'utiliser les seuls moyens qui s'offrent à elles.

C'est vrai, derrière le contentieux du contrat de Churchill Falls se trouve celui des frontières du Labrador, que Québec n'a jamais reconnues. Comment dire? Le contrat de Churchill date de 1969 et les frontières sont contestées depuis 1927. Un petit effort, peut-être? Le Labrador ce n'est quand même pas la bande de Gaza.

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