Infanticides: trois de trop

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(Québec) «Personne ne comprendra jamais ce qui s'est passé. Que voulez-vous qu'on fasse, à part le subir?» Atterré par la mort brutale de ses trois petits-enfants Loïc, Laurélie et Anaïs, la réaction résignée de Germain Desautels est compréhensible. Mais individuellement et collectivement, nous devons tous agir pour éviter que d'autres familles vivent le cauchemar d'être amputées d'un ou de plusieurs membres par le geste fou et désespéré d'un parent. C'est l'une des leçons à tirer de cet autre drame familial.

Il y aura toujours des ratés, des messages non décodés, des difficultés minimisées, des décisions inappropriées au sein de nos familles et de nos services de santé et de justice. L'horreur et l'insensé continueront de se produire, comme ce fut le cas dimanche dans un appartement de la rue Turcotte, à Drummondville, où une jeune mère de 33 ans semble avoir mis fin à la vie de ses trois jeunes enfants, profitant de l'absence de sa propre mère qui devait superviser la rencontre familiale.

L'impossibilité d'atteindre le risque zéro n'est cependant pas une raison de demeurer passif. Il y a lieu de revoir nos modes d'intervention et d'en intensifier d'autres. Nous avons l'obligation de réduire le nombre d'homicides intrafamiliaux. Le Québec a réussi entre 1980 et 2009 à diminuer de 32 % le taux d'homicides familiaux. Il faut s'employer à faire mieux encore. Chacun à sa façon.

Il n'est pas normal que des mains de papa ou de maman viennent arracher violemment et sciemment la vie qu'ils ont donnée, et qu'à l'inverse, des enfants tuent ceux qui les ont mis au monde. La fatalité n'a pas sa place en la matière.

Le drame de Drummondville survient 10 jours après le dépôt du rapport du comité d'experts sur les homicides intrafamiliaux au ministre de la Santé et des Services sociaux. Un rapport qui soulignait, petite consolation, que le bilan du Québec n'est pas plus sombre qu'ailleurs au pays même si plusieurs cas ont fait les manchettes depuis 2009. La prévalence des homicides intrafamiliaux se situe dans la moyenne canadienne. Elle se compare à celle de la France, du Royaume-Uni et de l'Australie. Nos voisins américains affichent cependant un bilan plus lourd.

Le comité, présidé par le professeur Gilles Tremblay de l'Université Laval, rappelle notamment l'importance du dépistage précoce de la détresse et des situations à risque. Qu'est-ce qui a fait défaut dans le cas de Sonia Blanchette et de sa petite famille? Comment le triste sort réservé à Loïc, Laurélie et Anaïs aurait-il pu être différent?

Lundi, certains pointaient la faiblesse des visites supervisées lorsqu'un parent a un droit d'accès limité à ses enfants. Cette hypothèse est certes commode pour tenter d'expliquer l'inexplicable. La réalité, on le devine aisément, est beaucoup plus complexe.

Selon les experts, 25 % des familles sont en situation de vulnérabilité. Si 80 % des homicides familiaux sont commis par des hommes, les femmes se retrouvent cependant en grand nombre dans les cas de mort d'enfants. Un nombre comparable d'hommes et de femmes commettent un filicide, notent les experts. Le désespoir et la violence n'ont pas de sexe.

Trouble mental grave, état dépressif avec ou sans symptômes psychotiques, consommation de drogues ou d'alcool, grossesse non désirée, violence ou souci de protéger leur progéniture d'un monde qu'elles jugent trop cruel conduisent des mères à commettre l'irréparable. La difficulté de vivre une séparation aussi.

Des causes variées qui rappellent que la prévention et la prise en charge doivent se décliner sous plusieurs formes et de façon constante. Des causes qui prouvent aussi que le durcissement des peines, préconisé par certains pour réduire le nombre de drames, est loin de constituer une solution.

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