Daniel Breton: le prix de la confiance

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(Québec) Daniel Breton n'a pas partagé la table de Paolo Catania au chic club 357c de Montréal durant son court passage à la tête du ministère de l'Environnement. Il n'est pas non plus accusé d'avoir versé des millions de dollars pour qu'une firme obtienne un lucratif contrat de l'État. Daniel Breton a cependant un profil de délinquant qui sied mal à la fonction de ministre. Sa démission s'imposait et n'a rien d'un lynchage ni d'un complot.

Dans le lot d'enveloppes brunes, de petites et grandes histoires de corruption et de collusion que les Québécois entendent depuis des mois sur les politiciens, les entrepreneurs et les firmes de génie-conseil, les faits reprochés au ministre démissionnaire peuvent en effet paraître bien anodins aux yeux de certains.

Pris un à un, les excès de vitesse, les amendes impayées, les informations non transmises au fisc, les renseignements erronés fournis à l'assurance emploi, le fait de rouler sans permis de conduire ou le non-paiement des mensualités du loyer représentent des délits mineurs par rapport aux millions de dollars de fonds publics détournés et aux avantages que des politiciens semblent avoir accordés ou obtenus des amis de leur parti ou de la mafia.

Qui n'a pas reçu une contravention, a d'ailleurs lancé la première ministre Pauline Marois? Le problème est que le député qu'elle a nommé ministre de l'Environnement et du Développement durable a commis tous ces faux pas. Ce qui remet sérieusement en doute son bon jugement et sa crédibilité.

Dans son autre vie, M. Breton a certes démontré des convictions environnementales solides. Certains de ses actes passés, anciens et plus récents, révèlent malheureusement qu'il peut facilement passer outre aux lois et aux normes établies. Avoir vécu dans la précarité n'excuse pas tout.

Son comportement n'est pas acceptable de la part d'un ministre qui doit inculquer une discipline stricte aux entreprises polluantes et s'assurer que celles-ci obtiendront les permis nécessaires ou payeront leur dû si elles contreviennent aux règles de protection dictées par son ministère. Les fautes de M. Breton, avouées ou non à sa chef, le rendaient vulnérable.

Même Françoise David, la cochef de Québec solidaire qu'on ne peut tout de même pas accuser d'être à la remorque des minières, des pétrolières et de la grande entreprise, se demandait quelques heures avant sa démission si le ministre Breton avait la sérénité, la crédibilité et la vigueur nécessaire pour continuer d'assumer sa fonction.

La médiatisation des infractions s'ajoutant à l'accusation d'ingérence auprès des commissaires du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, le ministre devenait de plus en plus encombrant pour l'équipe Marois. Jugement injuste et trop sévère? Négation du droit à la réhabilitation? Tentative pour bâillonner le bouillant écologiste? Non. Simplement un rappel de la rigueur, de la probité et de la droiture qu'exige le dur et accablant travail de ministre.

En affirmant que M. Breton a pris une décision judicieuse, la première ministre envoie un message clair au reste de son équipe. Les écarts et les demi-vérités ne seront pas tolérés.

Il ne peut en être autrement lorsque l'on se présente comme le gouvernement de l'intégrité et de la rigueur. Il faut être au-dessus de tout soupçon. La tolérance zéro prônée par la première ministre péquiste ne peut prendre une géométrie variable et s'appliquer ou non selon la tête de la personne fautive ou sa couleur politique.

Le poids est énorme sur les épaules de Mme Marois et de son équipe. La province vit depuis trois ans dans un climat où les politiciens, qu'ils évoluent sur la scène municipale ou provinciale, sont soupçonnés d'avoir fermé les yeux sur des irrégularités et des abus. Le gouvernement péquiste a mis la barre haut et peut en subir lui-même les contrecoups. Le cas Breton le prouve. C'est le prix à payer pour que les Québécois retrouvent peu à peu confiance dans leurs élus et dans leurs institutions.

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