Équilibristes de la langue

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(Québec) La refonte de la loi 101 que les péquistes soumettront la semaine prochaine à l'Assemblée nationale risque d'être différente de celle qu'ils promettaient en campagne électorale. Et ce n'est pas le portrait que vient de dresser l'Office québécois de la langue française (OQLF) qui aurait pu justifier le gouvernement minoritaire de Pauline Marois d'emprunter la ligne dure.

Partisans comme opposants au renforcement de la loi 101, inquiets ou confiants devant la hausse du bilinguisme, trouveront en effet dans les récentes études sur la langue de travail des éléments pour les conforter dans leur position.

«Laissons parler le rapport», a affirmé Jean-François Lisée, le ministre de la Francophonie et responsable de la région de Montréal. Voilà bien le problème. Le Parti québécois (PQ) jugeait indispensable de durcir et d'élargir la portée de la loi 101. Interdiction pour les francophones et les allophones de fréquenter les cégeps anglophones; obligation pour les entreprises de moins de 50 employés de se soumettre aux dispositions de la loi; services de garde en français. Le PQ envisageait les grands moyens pour que le français ne perde pas de terrain.

Son statut de gouvernement minoritaire, mais aussi les données statistiques, le force cependant à mettre la pédale douce. Il faut certes demeurer vigilant dans la protection et la promotion du français. Cependant, les mesures préconisées en campagne n'étaient peut-être pas les meilleures pour valoriser l'usage du français et assurer les droits et l'épanouissement des francophones.

Résumons les récentes études divulguées par l'OQLF. Le français demeure la langue de travail de la majorité des Québécois. De 1971 à 1989, la proportion de travailleurs utilisant principalement le français au travail est passée de 83 à 91 % dans la province. Dans la région de Montréal, même tendance. Quatre-vingt-cinq pour cent des gens travaillaient en français en 1989, comparativement à 69 % avant l'adoption de la Charte de la langue française. Autre donnée à considérer, la proportion d'allophones travaillant principalement en français dans la région de Montréal demeure en progression, mais de façon beaucoup moins marquée. De 42 % en 1971, elle atteignait 63 % en 1989, puis 68 % en 2010.

De 1989 à 2010, les choses se gâtent cependant. Ce ne sont plus 91 % des travailleurs de la province qui exécutent leur tâche principalement en français, mais bien 89 %. Dans la région métropolitaine, le recul atteint cinq points. Conclusion de l'OQLF : le bilinguisme est en hausse.

Est-ce la mondialisation et la nécessité de parler anglais avec les clients ou les interlocuteurs à l'étranger qui expliquent que de plus en plus de Québécois utilisent l'anglais au travail? Le recul du français est-il plutôt attribuable à la mollesse de la loi 101, aux lacunes dans la francisation et l'intégration des nouveaux arrivants, au laxisme et à la tolérance des francophones qui ont peur de passer pour ringards s'ils réclament que le français domine au boulot? On l'a vu à la Caisse de dépôt et placement, où la direction n'avait pas jugé indispensable qu'un haut dirigeant puisse s'exprimer en français avec les employés de Montréal.

L'adoption de la Charte a permis des avancées indéniables depuis 35 ans. Comment s'assurer que le français demeurera prédominant et ne redeviendra pas une langue de second ordre? Comment, dans un contexte où l'anglais est omniprésent dans plusieurs domaines et où les Québécois se veulent et se doivent d'être ouverts sur le monde, la connaissance et l'usage du français peuvent-ils s'imposer?

Les parlementaires, qu'importe leur couleur politique, ont le devoir de procéder à une mise à jour de la législation. Un exercice difficile mais essentiel.

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