Rien ne relie habituellement cyclisme et octroi de contrats dans le secteur municipal. Et pourtant, cette semaine, en écoutant le témoignage de Gilles Surprenant à la commission Charbonneau et en suivant la descente de Lance Armstrong, roi déchu du Tour de France, c'est fou comme ces deux mondes affichent des similitudes.
Dans ses grandeurs comme dans ses petitesses, tout homme finit par ressembler à un autre. Un coureur cycliste à un ingénieur d'une ville. Cols de France et égouts de Montréal peuvent conduire au même cul-de-sac. Étonnant.
Plus étonnant encore de voir que les deux hommes ont pu, pendant des années, avancer sans être dérangés, ou si peu, par ceux qui auraient dû normalement s'assurer qu'il n'y avait pas de tricheries, que les règles du jeu étaient respectées de tous et que le terme compétition avait un sens véritable.
Lance Armstrong a remporté entre 1999 et 2005 le Tour de France à sept reprises, en plus d'autres titres. Il a ainsi attiré des millions de dollars de prestigieux commanditaires. Il a été longtemps une source d'inspiration avant d'être dépossédé de ses titres. Le fonctionnaire Surprenant a pour sa part touché plus de 700 000 $ de pots-de-vin et «d'extras» d'entrepreneurs entre 1988 et 2008. Et personne n'a rien vu d'anormal ou personne n'a été capable de les pincer avant tout récemment? Troublant.
C'était un secret de Polichinelle, a affirmé Surprenant à la commission Charbonneau. «C'était connu de tout le monde. Jamais personne de l'administration ou mes patrons n'est venu me voir.»
Un aveuglement similaire semblait frapper le monde cycliste. Il aura fallu que l'Union cycliste internationale (UCI) soit acculée au pied du mur avant qu'elle décide de retirer ses titres à Armstrong. Celui-ci aurait mis au point le système de dopage le plus efficace et le plus sophistiqué de l'histoire du sport sans que personne sache rien. Certains se demandent si l'UCI n'a pas été elle-même complice du cycliste américain.
C'est cette loi du silence, cette admission que les écarts sont permis parce que tout le monde prend un jour un raccourci, qui est aberrante et inadmissible. C'est aussi de voir autant de gens s'indigner du comportement des délinquants, alors qu'ils étaient muets quand il aurait fallu contester et dénoncer. Le prix des contrats grimpe de 30 et 35 % et aucun collègue, cadre ou élu, ne pose de questions. Individualisme, je-m'en-foutisme, peur, crainte de représailles, intérêts personnels, absence de preuve?
Que se passe-t-il pour qu'un jour les langues se délient enfin et qu'une envie de grand ménage anime une organisation, une société? À quel moment une performance sportive devient-elle suspecte et gênante? Quel est le coût d'un contrat à ne pas dépasser pour ne pas susciter des soupçons sur le comportement des fonctionnaires, des entrepreneurs et des élus? Mystère.
Le jour où le déclic se fait, tous promettent alors de meilleures lois, des règlements plus étanches, une surveillance accrue. Malgré tout, un malin ou un ambitieux finira toujours par trouver la faille dans le système et l'exploiter.
De grands coups de balai sont attendus de la commission Charbonneau et de l'UCI. Il serait sage à l'avenir d'être plus vigilant pour s'éviter d'avoir à nettoyer une décennie de tricheries et de pratiques gênantes. Le ménage est un éternel recommencement.