Présidentielle américaine: la guerre froide

Partager

(Québec) Le troisième et dernier débat entre les deux principaux candidats à la présidence des États-Unis a été passionnant. L'exercice aura sans doute un effet sur le résultat final, étant donné le mince écart qui les sépare, mais ce n'est qu'une bataille parmi bien d'autres.

Les réseaux sociaux ont bouleversé le paysage, depuis l'élection de 2008, à l'avantage du clan Obama. Le nombre d'usagers Facebook s'est multiplié par 10 depuis, avec 167 millions de personnes aux États-Unis, et 140 millions d'utilisateurs Twitter.

C'est en réalité la suite d'un mouvement qui a commencé il y a très longtemps, lors des élections de 1848 en fait, remportées par Zachary Taylor, les premières dont les résultats ont été transmis au moyen du télégraphe, 12 ans avant l'élection de Lincoln.

Aujourd'hui, on se retrouve avec des outils qui permettent de mesurer, instantanément, le pouls de l'électorat. On peut voir quels moments d'un débat déclenchent le plus grand nombre de tweets, et faire le décompte entre tweets «positifs» et «négatifs».

Dans ce nouveau champ de bataille, le clan Obama détient l'avantage absolu. Le fil Twitter du président compte 21 millions d'abonnés, contre 1,5 million pour Romney, même chose sur Facebook ou Instagram. Et on peut tricher dans cet univers comme partout ailleurs. En juillet, 117 000 abonnés se sont inscrits en moins de 24 heures au fil Twitter de Romney. Il s'agissait en fait d'usagers «achetés» auprès de compagnies spécialisées dans la création de faux comptes.

Dans un livre récent, The Victory Lap : The Secret Science of Winning Campaigns l'auteur Sasha Issenberg explique qu'on teste aujourd'hui des techniques électorales comme on fait de la recherche médicale, avec groupe placebo, etc. Il montre comment les organisations utilisent les banques de données où sont enregistrées les habitudes de consommation des électeurs, les causes qu'ils appuient, les sites visités, pour savoir s'il vaut la peine d'essayer de gagner leur vote ou non.

C'est là où les réseaux sociaux sont d'une efficacité redoutable. Pas seulement pour diffuser un message, mais bien plus pour disséquer l'électorat.

Maintenant, prenez ces outils et injectez-y tout l'argent que vous voulez. En effet, la Cour suprême des États-Unis a statué en 2010 que la Commission électorale ne pouvait pas imposer de limites aux dépenses des entreprises et des syndicats, car cela contrevient à la liberté d'expression. Cette décision a fait des élections présidentielles un puits sans fond.

Le processus électoral américain ressemble à une guerre froide où deux puissances occultes s'affrontent en déplaçant leurs pions sur un échiquier virtuel. Cette situation a été dénoncée par les candidates du Parti vert, Jill Stein et Cheri Honkala, arrêtées la semaine dernière alors qu'elles protestaient contre la tenue du deuxième débat présidentiel. Jill Stein a intenté une poursuite contre la Commission électorale, jugeant qu'on la prive de ses droits constitutionnels en limitant le débat aux deux grands partis.

Étrange logique que celle qui laisse des intérêts financiers manipuler le processus électoral, au nom de la liberté d'expression, mais qui brime l'expression d'opinions divergentes.

Notre système est loin d'être sans faille, la participation des tiers partis mêle souvent les cartes, elle ouvre la porte à des gouvernements minoritaires, mais on y gagne un éventail plus large d'idées, qui reflète notre diversité. S'il y a une chose que la commission Charbonneau nous enseigne, c'est que l'argent finit par détourner la démocratie. Quel que soit le pays.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer