Mais de quoi ont-ils peur? Le gouvernement Harper s'est pourtant présenté comme celui de la transparence et de la rigueur. De saines finances publiques et une économie forte font également partie de l'image qu'il veut afficher. En quoi le regard du directeur parlementaire du budget serait-il menaçant pour le gouvernement conservateur s'il procède au resserrement des finances publiques dans le respect des règles de l'art, en analysant soigneusement chaque programme et dépense et en soupesant les coûts et les bénéfices de ceux-ci avant d'y mettre la hache?
L'attitude des conservateurs est suspecte. Kevin Page réclame depuis des mois des ministères et organismes qu'ils précisent de quelle façon se traduiront chez eux les réductions annuelles de dépenses imposées par le gouvernement jusqu'en 2014-2015. Pour M. Page, ces informations permettront aux parlementaires de faire des choix plus éclairés. Or, la majorité des entités ont résisté et certaines ont acquiescé uniquement lorsque le directeur les a menacées de s'adresser à la cour. On a déjà vu mieux comme collaboration et transparence.
On a également entendu des arguments plus solides pour s'opposer à une demande. Les conservateurs ont d'abord dit non à M. Page en alléguant que des ententes conclues avec les syndicats interdisaient de préciser le nombre et la nature des postes sacrifiés. Un argument vite balayé par les syndicats, qui n'éprouvent aucun malaise à ce que le directeur parlementaire du budget soit avisé des suppressions de poste envisagées.
Le gouvernement a donc par la suite prétexté que le directeur parlementaire du budget outrepassait son mandat en exigeant de connaître les détails des compressions budgétaires. Le mandat de M. Page porte sur l'argent dépensé et non pas sur celui économisé, ont soutenu le plus sérieusement du monde le président du Conseil du Trésor, Tony Clement, et le ministre des Finances, Jim Flaherty.
La pertinence de l'exercice est pourtant évidente. La liste des postes budgétaires et des services qu'un gouvernement décide d'éliminer en période d'austérité est plus significative que bien des discours. Les sommes qu'il accepte par ailleurs de maintenir ou de consacrer à d'autres activités le sont tout autant.
En refusant de donner un tableau détaillé des coupes, le gouvernement Harper semble vouloir cacher son vrai visage et craindre que l'opposition et la population critiquent ses choix. À moins qu'il ne soit pas convaincu lui-même de la faisabilité de son plan pour retrouver l'équilibre budgétaire.
En cette période où tous sont invités à se serrer la ceinture, est-ce qu'une majorité de Canadiens aurait consacré 4,5 millions $ pour la commémoration de la guerre de 1812? Dans un autre domaine, les dépenses destinées à des évaluations environnementales serrées peuvent paraître des dépenses compressibles à certains et non à d'autres qui y voient plutôt une façon d'éviter à plus long terme des factures indésirables aux contribuables. Même chose pour l'inspection des aliments. Ottawa peut-il exiger de son agence de restreindre ses dépenses de 7 % sans mettre en danger la santé des Canadiens?
On imagine facilement tous les débats passionnants et utiles que pourrait soulever aux Communes et dans les médias la compilation de M. Page. Le terme débat est malheureusement retranché depuis longtemps du vocabulaire des conservateurs.