On sait qu'elle a rencontré son homologue français, Jean-Marc Ayrault. Ça tombe bien, celui-ci a écrit, voilà tout juste un mois, un petit quelque chose qui aurait certainement fait l'affaire. Ça s'appelle une «circulaire», c'est une directive, en gros, mais signée de la main du premier ministre, ça retient généralement l'attention.
Ce document demande à tous les ministres de mettre en oeuvre une série d'actions et de mesures visant à faciliter l'usage du logiciel libre par l'État français.
C'est que la France n'est pas reconnue que pour ses TGV, son vin ou son fromage. Elle est aussi «l'un des deux ou trois pays les plus dynamiques au monde en matière de logiciel libre», selon le Conseil national du logiciel libre, qui parle d'un chiffre d'affaires annuel de 2,5 milliards d'euros et de 30 000 emplois, en croissance annuelle de 30 %.
Mme Marois aurait pu se détendre dans l'avion, pendant son retour, à la lecture de ce texte où M. Ayrault évoque quelques avantages du logiciel libre: moindres coûts, moins de migrations inutiles et, surtout, la mutualisation entre acteurs publics.
Imaginez sa joie en lisant que «l'usage des logiciels libres dans une direction ministérielle a permis de diviser par 10 les coûts de fonctionnement des applicatifs». Quel plus beau cadeau offrir à une première ministre aux prises avec des contraintes budgétaires éreintantes?
Le document souligne à quel point il est «contre-productif que chaque acteur conduise ses développements de son côté et en paie la totalité aulieu de partager cette charge». Ce constat a mené, il y a 10 ans déjà, à la création d'un organisme (l'ADULLACT) pour fédérer les efforts de développement de solutions libres par l'État français.
Il semblerait tout de même que notre Pauline Ire ait été initiée, par nos chers cousins, aux attraits du logiciel libre. En témoigne une photo d'elle, tout sourire, en compagnie d'Alexandre Zapolsky, pdg de Linagora. Linagora, c'est l'entreprise qui a fourni les logiciels des ordinateurs Linux pour les députés de l'Assemblée nationale française (en remplacement des produits Microsoft). Son logiciel de messagerie et de travail collaboratif est utilisé par les ministères des Finances, de l'Intérieur, de la Défense et par la Gendarmerie nationale.
Sur son fil Twitter, où il publie fièrement la photo, M. Zapolsky écrit: «Pauline Marois la première ministre du Québec se dit en faveur du logiciel libre! Vive le PQ et vive le Québec libre!»
Sans doute un excès d'enthousiasme, parce qu'au gouvernement québécois, l'idée même du logiciel libre provoque surtout de l'urticaire.
Ce n'est pas comme en Italie, où le gouvernement a voté, le 7 août dernier, un amendement qui exclut, purement et simplement, l'achat de logiciels commerciaux sous licences, à moins d'exceptions qui doivent être justifiées. Le logiciel libre devient ainsi la norme plutôt que l'exception. Le Québec à l'envers, quoi.
Quel dommage quand même que notre nouvelle première ministre n'ait pas emporté la circulaire de M. Ayrault dans ses valises. Mais qu'à cela ne tienne, Le Soleil est heureux de lui en offrir une copie. Voici le lien :
http://circulaire.legifrance.gouv.fr/pdf/2012/09/cir_35837.pdf.
Ne nous remerciez pas. Imaginer la joie que ressentiront tant de gestionnaires de l'informatique nous suffit.