Les premières semaines de la gouvernance péquiste inspirent des comparaisons peu flatteuses pour une équipe qui doit tenter de réaliser ses engagements dans un contexte de gouvernement minoritaire et faire des gains pour espérer arracher un jour une majorité de votes.
En regardant évoluer les péquistes, Jean-Marc Fournier, le chef de l'opposition libérale, a l'impression de se retrouver devant la patinoire de la Ligue nationale d'improvisation. D'autres auront plutôt reconnu en Pauline Marois une mère de famille en voyage à l'étranger qui doit gérer sa marmaille agitée à distance. D'autres, une directrice de garderie qui doit constamment faire de la discipline.
Imaginons la scène. Nicole (Léger) s'empare du jouet (loi 101) de Diane (De Courcy) pour épater les petits durs de la garderie. Marie (Malavoy) menace de priver des camarades (écoles privées) de nourriture (fonds publics). La directrice la rappelle à l'ordre comme elle l'a fait précédemment avec Martine (Ouellet), qui avait tenté d'imposer sa loi aux plus grands (entreprises gazières). De son côté, après avoir provoqué une bagarre entre riches et pauvres, Nicolas (Marceau) se montre sage, mais persiste à dire qu'il n'a jamais menti.
Un peu de sérieux. Bien sûr un gouvernement nouvellement élu amène des changements d'orientation et de priorités. Mais lorsqu'on forme un gouvernement minoritaire, il est d'autant plus essentiel de ficeler ses dossiers avant de les présenter aux médias et au public. Une exigence dont ne s'embarrassent pas certains ministres péquistes qui semblent ne pas avoir réalisé que leurs propos sont dorénavant décortiqués. Lancé sans avoir soupesé le pour et le contre, leur projet est contesté et le gouvernement retraite. Gouverner en reculant et en multipliant les replis stratégiques devient la marque des péquistes. Comment s'étonner que selon un récent sondage, le gouvernement Marois récolte un taux d'insatisfaction de 56 %?
Revenons sur la volonté de la ministre Nicole Léger d'imposer la loi 101 dans les services de garde, comme on le fait, avec raison, dans les écoles primaires et secondaires. Même si cette idée est contenue dans le programme du parti, rien ne pressait d'engager un débat aussi délicat et explosif à ce moment-ci. D'autant plus que ce n'est pas à Mme Léger qu'il revient de proposer une refonte de la loi, mais bien à sa collègue Diane De Courcy.
Cette dernière, bien qu'à sa première expérience ministérielle, semble plus prudente et méthodique, consciente qu'elle manipule un dossier extrêmement sensible. Elle analyse et consulte avant de préciser quelle armature elle compte ajouter pour renforcer la loi 101. Tout le Conseil des ministres devrait faire preuve de la même rigueur.
À titre de ministre de la Famille, Mme Léger devrait pour sa part se concentrer sur la création de nouvelles places en garderie et sur la qualité des services offerts (des préoccupations bien réelles), plutôt que de rêver de centres de la petite enfance, de garderies privées ou en milieu familial où tous les «petits amis» de six mois à quatre ans et leurs éducatrices mangent obligatoirement leur purée en français, réalisent leur bricolage en français, chantent toutes leurs comptines en français, jouent au parc en français et font des bonshommes de neige en français.