Beaucoup de similitudes dans le discours des deux hommes. Ministre de la Santé et des Services sociaux en 2005, M. Couillard évoquait lui aussi l'urgence de procéder à un virage compte tenu du vieillissement de la population, de la capacité de payer limitée de l'État et du désir des personnes en perte d'autonomie de rester chez elles plutôt que de vivre en institution.
Le ministre Couillard avait prévu dans son plan que le nombre de places en CHSLD (39 000) ne baisserait pas entre 2005 et 2010, mais que le nombre de personnes âgées ou handicapées recevant des services dans la communauté grimperait par ailleurs de 160 000 à 190 000.
La situation sept ans plus tard? L'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic estime que
4300 personnes sont en attente d'une place dans un CHSLD. Ce printemps, la Protectrice du citoyen dressait quant à elle un portrait peu flatteur des services de soutien à domicile. Attente de plusieurs mois, voire de plusieurs années, nombre d'heures de services moindre que les besoins, aidants «naturels» conscrits et épuisés, la protectrice Raymonde Saint-Germain constatait un fossé entre la politique ministérielle Chez soi : le premier choix et son application sur le terrain.
Le Vérificateur général a également relevé en début d'année des ratés dans la gestion des services offerts aux personnes en perte d'autonomie. Les gens sont hébergés selon la disponibilité des ressources et non selon leurs véritables besoins. Des personnes se retrouvent donc dans de coûteux CHSLD alors que leur état de santé ne requiert pas autant de soins. À l'inverse, d'autres qui devraient s'y trouver manquent de services à la maison et séjournent fréquemment à l'urgence de l'hôpital. Un mauvais usage de ressources humaines et financières.
Bref, le remède prescrit par le Dr Couillard tarde à donner les bienfaits escomptés. Le nouveau ministre de la Santé, Réjean Hébert, va-t-il réussir à ajouter des molécules et à ajuster la posologie pour que les résultats soient enfin au rendez-vous?
Tout le monde veut pouvoir rester à la maison le plus longtemps possible le jour où la maladie, le vieillissement ou un accident réduira son autonomie. Personne ne veut devenir un poids pour son entourage ou se soumettre à de multiples déménagements pour obtenir les soins nécessaires. Personne ne rêve d'aller vivre dans un CHSLD à moins que cela ne s'avère l'unique solution.
Le ministre, un spécialiste en gériatrie, promet qu'avec le gouvernement péquiste, «les bottines suivront les babines». Le budget consacré à l'aide à domicile sera doublé, passant de 500 millions à un milliard de dollars. Si tout fonctionne et s'arrime comme prévu, celui pour l'hébergement et les soins de longue durée pourrait ainsi se chiffrer à 2,5 milliards $ plutôt qu'à 3 milliards $. Pour éviter la tentation de détourner des fonds dédiés aux soins à domicile à d'autres fins, par exemple vers les hôpitaux, M. Hébert compte instaurer d'ici deux ans une assurance autonomie. Ce fonds permettra aux individus de choisir quel type de services leur convient le mieux. «Vieillir sur place» est le leitmotiv du ministre.
Espérons que le virage souhaité se concrétisera enfin. Pour des raisons économiques et humaines, cette fois-ci doit être la bonne.