Le mot injuste

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(Québec) Il arrive qu'un choix de mots trahisse des intentions inavouées. Mais un mauvais choix peut aussi avoir l'effet contraire et créer une fausse impression. C'est ce qui vient d'arriver à la ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, quand elle a fait part de son intention de remettre en question l'enseignement intensif de l'anglais et de revoir la façon de présenter l'histoire au secondaire.

Pour avoir parlé de l'anglais comme «langue étrangère» pour les élèves francophones de première année, et pour avoir voulu accorder une plus grande place à la «question nationale» dans les cours d'histoire, la ministre se voit accuser de vouloir faire de l'école un outil de propagande.

C'est de bonne guerre dans l'arène politique, la ministre de l'Éducation est censée faire la distinction entre «langue seconde» et «langue étrangère», mais cela dit, elle prend une sage décision en reportant l'échéance de 2015, prévue pour l'implantation du programme intensif d'anglais en sixième année à tout le Québec.

Si l'efficacité d'un programme intensif pour enseigner l'anglais ne fait guère de doutes, il reste trop d'inconnues quant à l'effet de cette mesure sur l'enseignement des autres matières, sur des clientèles en difficulté d'apprentissage, sur des milieux où le français peine à garder sa place.

Ce projet exercera une forte pression sur le corps enseignant, sans parler des besoins accrus d'effectifs spécialisés. Si on veut s'assurer l'adhésion des enseignants, il faut se donner le temps de répondre à leurs interrogations. En s'imposant un échéancier arbitraire, on risque de répéter des erreurs de réformes passées, comme on l'a déjà vécu dans le cas de l'enseignement du français.

Le choix de la formule n'est par ailleurs appuyé que par un nombre limité d'études, qui ne traitent pas de toutes les répercussions à venir. La Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) et la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) avaient d'ailleurs quitté la table de travail du comité mis en place pour faire le suivi sur l'implantation de l'anglais intensif, parce qu'elles n'obtenaient pas de réponses satisfaisantes à leurs questions.

Par ailleurs, Mme Malavoy n'est pas seule à remettre en question la façon dont l'histoire est enseignée au secondaire. Plusieurs professeurs d'histoire sont insatisfaits de l'actuel cours d'histoire et d'éducation à la citoyenneté, donné en troisième et quatrième secondaire.

En 1996, l'historien Jacques Lacoursière recommandait, dans le rapport qui porte son nom, d'enseigner l'histoire du Canada et du Québec, en troisième et quatrième secondaire, en respectant la chronologie. Le Ministère a plutôt choisi de diviser le cours selon diverses «thématiques», avec le résultat qu'en quatrième secondaire, on revient sur des périodes abordées l'année précédente.

Les professeurs jugent cette approche redondante, soutient dans une étude Josiane Lavallée, cofondatrice de la Coalition pour l'histoire. Elle fait état d'une perte d'intérêt chez les élèves, qui ont l'impression de revoir le même contenu.

On peut difficilement reprocher à Mme Malavoy de «politiser» l'enseignement de l'histoire, alors que le choix d'éviter certaines questions est tout autant politique.

Un des attraits de l'histoire est de mettre en scène de grands mouvements qui se confrontent. Dans la mesure où l'on décrit adéquatement toutes les forces en présence, on n'a aucune raison de craindre un dérapage vers la propagande simplement parce qu'on aborde la question, si fondamentale dans notre histoire, des nationalismes.

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