L'amnésie du ministre

Partager

(Québec) La déchiqueteuse semble avoir fait beaucoup plus de ravages que ne peut l'imaginer le député péquiste et ex-leader étudiant Léo Bureau-Blouin. On dirait qu'elle a frappé au ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, où toute trace du sous-financement des universités québécoises semble avoir disparu. Et pourtant.

Lors d'une récente entrevue à La Presse, le nouveau ministre, Pierre Duchesne, a mis en doute le sous-financement des universités. «Présentez-moi des études sérieuses, on va les confronter», a-t-il affirmé. «Tout est ouvert, tout est sur la table.» Signe de grande ouverture ou parti pris pour les associations étudiantes qui réfutent le sous-financement depuis que le gouvernement libéral a dégelé les droits de scolarité?

Si les propos du ministre peuvent ravir la présidente de la Fédération universitaire du Québec, Martine Desjardins, ils en font sursauter d'autres qui n'ont aucune envie que le Québec retourne 15 ans en arrière, au temps où les universités devaient composer avec le désengagement des gouvernements d'Ottawa et de Québec.

Les Québécois, peu importe leur clan sur la question des droits de scolarité, apprécient que le calme soit revenu sur les campus et dans les rues après un printemps déchirant et tumultueux. Mais sûrement pas au prix de répéter les erreurs du passé et de se retrouver dans le même cul-de-sac.

Avec le Sommet sur l'enseignement supérieur, M. Duchesne dit vouloir rétablir les ponts entre les générations. Très bien. Encore faut-il que l'opération ne mette pas les futures cohortes d'étudiants dans la même situation que celle vécue par d'autres, quand les classes étaient bondées faute de pouvoir embaucher plus de professeurs, quand les bibliothèques étaient dégarnies et les laboratoires d'un autre âge, quand les échanges avec des institutions hors Québec étaient rarissimes et que la province craignait de ne pouvoir attirer et retenir les meilleurs, qu'ils soient étudiants, professeurs ou chercheurs.

Entre 1994 et 2000, les universités avaient vu réduire du quart leur financement à cause du désengagement d'Ottawa et de Québec. Une enveloppe amputée de 500 millions $ entraînait forcément des répercussions sur l'enseignement et la recherche. Des effets négatifs que le gouvernement, péquiste ou libéral, a fini par reconnaître en réinvestissant dans l'enseignement supérieur.

En 2002, un gouvernement péquiste partageait l'évaluation de la CREPUQ qui estimait le sous-financement à 375 millions $. En 2004, en 2007 et en 2011, la commission parlementaire sur l'éducation a aussi conclu que les universités éprouvaient des difficultés de financement et que celles-ci avaient des conséquences sur la qualité de l'enseignement et de la recherche.

En 2010, l'ancien premier ministre du Québec Lucien Bouchard et d'anciens ministres libéraux des Finances joignaient leurs voix pour proposer un pacte pour le financement concurrentiel de nos universités, estimant qu'elles accusaient un sous-financement de 500 millions $ comparativement à celles du reste du Canada.

À la fin de 2010, le document ministériel préparé pour la fameuse rencontre des partenaires en éducation sur l'avenir des universités et leur contribution au développement du Québec reconnaissait que les dépenses de fonctionnement par étudiant étaient moindres ici que dans le reste du Canada. Par contre, la Belle Province consacrait plus d'argent que les autres en ce qui a trait à la recherche subventionnée et aux immobilisations.

Peut-être le sous-financement n'est-il pas aussi élevé que le prétendent les recteurs. Peut-être est-il possible aussi de resserrer encore la gestion. Mais il n'y a aucune raison de tout reprendre à zéro et de faire table rase.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer