Dans sa décision autorisant le transfert du prisonnier au Canada, M. Toews ne se contente pas de rappeler les faits qui ont mené à la condamnation de Khadr, il se permet d'y ajouter des jugements de son cru sur sa possible «radicalisation», sur des déclarations de sa mère et de ses soeurs, et sur l'admiration que le prisonnier vouerait à son père.
Le ministre pense déjà au moment où Omar Khadr sera admissible à une libération conditionnelle, dans moins d'un an. Au cas où les membres de la Commission des libérations conditionnelles (CLC) n'auraient pas saisi le message, il précise que l'organisme devra «tenir compte des préoccupations que j'ai indiquées», «reconnaître la nature sérieuse des crimes» et, advenant qu'une libération soit malgré tout accordée, elle sera accompagnée de «robustes mesures de supervision», dit-il.
De toute façon, pourquoi s'inquiéter, étant donné le nombre d'amis de son parti qu'il a lui-même nommés à la Commission? On y retrouve nombre de candidats conservateurs défaits, notamment Howard Bruce (Portneuf-Jacques-Cartier) et Jacques Bouchard (Longueuil), le conjoint d'une ex-candidate, François Barron, ainsi qu'un ex-conseiller de Stephen Harper, Michel Lalonde. Quelle meilleure façon d'assurer l'«indépendance» de la Commission?
Sans compter que les amendements apportés par le gouvernement Harper à la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition autorisent la Commission à refuser toute libération avant la fin d'une peine, dans les cas de terrorisme. L'ingérence du ministre dans le processus ne fera qu'enlever toute crédibilité aux décisions à venir des commissaires. Le processus de nomination à la CLC devrait être revu afin de limiter la politisation d'un palier si important de notre système de justice.
M. Toews insiste par ailleurs sur l'aveu de culpabilité d'Omar Khadr. Parlons-en de cet aveu.
A-t-il la même valeur que celui de trois autres «terroristes» jugés par le même pseudotribunal, qui avaient admis - sous la torture - avoir participé à une rencontre, en Afghanistan, entre Oussama ben Laden et le responsable des attentats du 11 septembre, Mohamed Atta? Après ces aveux, les services secrets britanniques avaient été forcés de reconnaître que les trois n'avaient jamais quitté l'Angleterre au moment de la rencontre en question. Voilà quelques mois, on apprenait que la police de Londres enquêterait sur la participation des services secrets britanniques aux tortures alléguées par les ex-prisonniers.
La triste réalité est que Guantánamo déshonore les États-Unis, et pas seulement eux. C'était l'opinion émise en 2007 par un ancien procureur des procès de Nuremberg, où furent jugés les officiers nazis. Henry King Jr. a vigoureusement condamné Guantánamo et son tribunal, érigés en dehors de tout système légal reconnu, où des individus sont détenus indéfiniment, sans recours ni procès, et où les règles de preuve violent les principes de justice les plus élémentaires.
Rappelons enfin que notre «terroriste» a été capturé, à l'âge de 15 ans, en juillet 2002, quelques mois après l'entrée en vigueur du Protocole de l'Organisation des Nations Unies concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés, signé par Ottawa et Washington. Mais ça n'empêche pas le Canada de faire la leçon à l'ONU.