À combien s'élève exactement la facture de la réfection? Le kilowattheure d'électricité produit à Bécancour reviendrait à quel prix comparativement à celui tiré de barrages hydroélectriques ou d'éoliennes? Est-il sage de se priver d'une filière qui garantit l'approvisionnement à 300 000 foyers? Combien de millions de dollars de fonds publics un gouvernement est-il justifié de dépenser pour préserver des emplois dans une région? Le débat doit porter principalement sur ce type de questions, et une commission parlementaire permettrait à différents acteurs d'y répondre.
Les intentions du Parti québécois étaient connues. Personne ne peut feindre la surprise. Il a condamné Gentilly-2 en 2009, notamment à cause du coût élevé appréhendé de la réfection. Son élection le 4 septembre a lancé le compte à rebours.
Néanmoins, une décision qui implique de mettre de côté une filière énergétique et l'expertise scientifique qui la soutient, en plus de priver une région de bons emplois, exige d'être fondée sur des arguments solides et des faits connus de tous. L'arbitraire et l'improvisation n'ont pas leur place.
Le gouvernement péquiste et sa ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, doivent rapidement faire la démonstration que leur position est dans le meilleur intérêt du Québec, et ce, tant sur les plans énergétique qu'économique. Le gouvernement a aussi le lourd fardeau de convaincre la région touchée qu'elle ne perdra pas tout dans cette opération.
Le dossier est mal enclenché. Pauline Marois et Mme Ouellet ont annoncé qu'elles allaient de l'avant sans avoir en mains la dernière évaluation d'Hydro-Québec ni celle de la Commission canadienne de sûreté nucléaire. Ce qui a permis au libéral Jean-Marc Fournier de comparer Pauline Marois au premier ministre conservateur Stephen Harper, qui refuse le débat public et la science. Ce n'est sûrement pas le type de comparaison que la première ministre souhaite susciter.
La fuite samedi dans le quotidien Le Devoir d'un rapport confidentiel d'Hydro recommandant la fermeture définitive de la centrale alimente aussi une thèse du complot chez ceux qui souhaitent le maintien de ses activités. Ces derniers s'étonnent que la société d'État chiffre maintenant à 4,3 milliards $ le coût de réfection, alors qu'elle l'évaluait à 2,4 milliards $ de moins en 2008. À ce montant, elle conclut que la réfection n'est plus rentable financièrement.
Volte-face? Rappelons qu'en mars 2011, le président d'Hydro, Thierry Vandal, précisait que la fermeture était toujours dans les scénarios envisagés. Selon Le Devoir, le gouvernement libéral aurait même été informé depuis plus d'un an que les travaux prévus à Bécancour s'annonçaient un gouffre financier.
Le temps des secrets est terminé. Il faut faire un choix. Si les chiffres d'Hydro sont solides, continuer d'exploiter Gentilly-2 se traduirait par un déficit annuel de 215 millions $. Pour maintenir les 800 emplois, nous devrions donc collectivement accepter de débourser 268 750 $ pour chacun d'eux. Cela revient cher la job et le kilowattheure. Quels seraient la facture du démantèlement et le nombre d'emplois sauvés? C'est l'autre partie du questionnement.
Si les chiffres sont éloquents et d'une logique implacable, élus municipaux, gens d'affaires et citoyens gagneraient plus à mettre leur énergie dans la diversification économique de leur région qu'à frapper sur des casseroles.