«Angoisse fiscale, inquiétude, saga fiscale, chaos fiscal.» Le chef de l'opposition, le libéral Jean-Marc Fournier, ne craignait pas mardi la démesure pour décrire la position du gouvernement Marois et de son ministre des Finances, Nicolas Marceau. La veille, le Conseil du patronat avait dit craindre pour les investissements, la productivité et la rétention des hauts salariés au Québec.
À entendre Jean-Marc Fournier, on pourrait croire la survie de millions de Québécois menacée par une ponction fiscale qui les empêcherait de remplir le frigo, de payer le loyer et le compte d'Hydro et d'acheter d'indispensables bottes d'hiver. L'économie de la province serait aussi condamnée puisque le Parti québécois repousse les investisseurs. Restons calmes. Ramenons les choses à de justes proportions et tentons plutôt d'identifier et de faire corriger - c'est aussi le rôle de l'opposition - ce qui risque réellement d'être nuisible dans l'approche du gouvernement.
Rangeons les scénarios catastrophe. La fiscalité n'est pas l'unique facteur qui détermine qu'un individu décide de vivre à un endroit plutôt qu'à un autre. Les emplois offerts, le coût de l'habitation, la qualité et le coût des services de santé et d'éducation, le prix et la disponibilité des services de garde, la sécurité et la qualité de vie motivent aussi le choix.
Même chose pour les entreprises. La fiscalité a certes son importance, mais les investisseurs tiennent aussi compte de la qualité des infrastructures, de la compétence de la main-d'oeuvre et de sa disponibilité, de la réglementation, des lois du travail, des règles environnementales, du climat social et de la stabilité politique. Avant de voter avec leurs pieds, individus et entreprises procèdent à une évaluation globale.
Évidemment, cela ne veut pas dire qu'un gouvernement peut du jour au lendemain faire n'importe quoi sur le plan fiscal. Il y a un seuil à ne pas franchir. La prévisibilité est aussi un principe à respecter en la matière et le gouvernement Marois l'enfreint. D'abord en n'ayant pas indiqué que la hausse d'impôt prévue serait rétroactive, mais aussi en n'étant pas clair sur la portée de cette rétroactivité.
Que celle-ci s'applique aux deux taux d'imposition créés pour les hauts revenus est une chose, qu'elle vise aussi la nouvelle taxation des gains en capital et le crédit d'impôt sur les dividendes en est une autre. Les implications ne sont pas les mêmes et ne touchent pas nécessairement le même profil de contribuables. Le ministre Marceau s'est dit ouvert au compromis. Il le faut. Un autre serait aussi d'accepter de moduler la contribution santé selon les revenus comme le fait l'Ontario.
L'opposition doit aussi mener le débat de façon responsable et non uniquement partisane. La croissance économique du Québec s'avère moins forte que prévue. La prudence est donc de mise, car les messages transmis par la classe politique peuvent miner la confiance des consommateurs et des entreprises et freiner leurs dépenses. Vaut-il mieux laisser 200 $ dans les poches de cinq millions de Québécois ou délester 145 000 personnes gagnant plus de 130 000 $ de quelques centaines, voire de quelques milliers de dollars? Lorsqu'il faut rééquilibrer les finances publiques en 2013-2014 et éviter que l'économie décline, la réponse ne peut être improvisée.