Après neuf années de pouvoir, le passage sur les banquettes de l'opposition à l'Assemblée nationale devrait être l'occasion d'une sérieuse remise en question de ce qui doit être proposé aux Québécois. Le temps d'une bonne mise à jour des orientations et des politiques. Et ça, normalement, ça passe par un débat entre les différents aspirants au rôle de chef du parti.
Mais voilà, quelques jours seulement après l'annonce du départ de M. Charest, Philippe Couillard semble avoir déjà réussi à concentrer suffisamment d'appuis stratégiques au sein du PLQ pour ébranler les convictions de la plupart des prétendants.
Bien sûr, il n'est pas question de contester l'intérêt de la candidature de l'ex-ministre de la Santé. Son retour à la politique qui semble maintenant acquis est bienvenu. Les politiciens de son calibre ne sont pas légion.
Mais ça ne signifie pas pour autant que M. Couillard détienne la pierre philosophale. Tout en ayant été un très bon ministre de la Santé, il n'a pas fait de miracles non plus. De toute façon, les militants libéraux ont tout intérêt à l'entendre exposer ses vues sur l'ensemble des dossiers majeurs du Québec et le voir les défendre à la faveur de débats contradictoires entre «amis», avant de lui confier le fauteuil convoité de chef du Parti libéral du Québec.
Ce qu'il faut craindre dans l'hypothèse d'une démonstration si éloquente de la force d'attraction de M. Couillard que les Pierre Moreau et Raymond Bachand choisiraient finalement de s'incliner sans concourir, c'est que la machine libérale se mettrait illico en mode reprise du pouvoir, escamotant l'étape de la réflexion de fond.
L'essentiel des efforts, on peut le deviner aisément, serait alors dirigé vers la réorganisation du parti, le recrutement des candidats et la recherche de financement.
Le calcul stratégique du meilleur moment pour faire tomber le nouveau gouvernement péquiste minoritaire deviendrait la seule obsession. Elle devrait plutôt être de trouver la réponse à la question: que doit faire le Québec pour s'imposer comme une société d'avant-garde épanouie et prospère en ce début de XXIe siècle?
Actuellement en politique, le calcul des intérêts individuels prend trop le pas sur l'intérêt collectif. Gagner importe plus que de servir ou d'être pertinent. S'aligner le plus près possible du vainqueur devient plus important que d'être du côté de celui qui offre l'approche la mieux approfondie, la plus sensée, la plus clairvoyante et la plus rigoureuse.
Il est à cet égard remarquable de constater à la lumière des dernières expériences au Québec qu'on n'est jamais si intéressant et si mystérieusement attirant que quand on a mis une croix sur la vie politique. Les Couillard, Marois, Boisclair en ont fait une éloquente démonstration. Serait-ce que ceux qui se dévouent au quotidien à l'Assemblée nationale ne peuvent être sains et inspirants? Très inquiétant.
Sans présumer du meilleur candidat à l'issue de la course, mais en sachant que cette dernière les forcerait à donner le meilleur d'eux-mêmes pour étayer leur vision, les militants libéraux et l'ensemble des Québécois d'ailleurs auraient avantage à voir par exemple sur la ligne de départ à côté de Philippe Couillard, les Pierre Moreau, Raymond Bachand et Line Beauchamp. Belle joute intellectuelle en perspective.