Drames familiaux: la faute aux médias?

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(Québec) N'eût été la médiatisation des drames familiaux, Martin Houle et ses deux jeunes enfants Florence et Zacharie seraient-ils vivants aujourd'hui plutôt que de figurer dans la liste des victimes? Le coroner Yvon Garneau semble croire que oui puisqu'il pointe un doigt accusateur vers les médias pour l'influence négative qu'ils auraient sur les personnes fragiles. Il occulte ainsi que des vies sont sauvées, que des abus sont dénoncés et que des actes de violence sont punis parce que des informations véhiculées par les médias ont permis au fil du temps de lever tabous et silence sur des réalités sociales.

Il est pertinent de s'interroger sur la façon dont les journaux, la télé et la radio traitent ces évènements tragiques où des pères et des mères tuent leur progéniture avant de tenter de mettre fin à leur vie. La question n'est pas de savoir si nous devons en parler. Mais bien de réfléchir à comment nous devons le faire afin d'obtenir un effet bénéfique pour l'ensemble de la société et éviter les répétitions d'actes désespérés et funestes qui ne peuvent avoir une unique explication.

Le coroner lance malheureusement le débat de façon maladroite. «Pour une meilleure protection de la vie humaine», il recommande au Conseil de presse que la diffusion d'informations sur les drames familiaux soit restreinte et pertinente, tout en respectant le droit du public à l'information. Pour arriver à cette recommandation, il s'appuie sur l'avis d'une seule experte en psychologie, voulant que des gens en détresse sont influençables aux commentaires entendus autour d'eux et dans les médias et passent à l'acte, incapables de se contenir.

Oui, dans certains cas, il peut y avoir un effet d'entraînement négatif à la médiatisation. Mais dans d'autres, faire état de drames et recueillir divers témoignages provoquent au contraire un effet d'entraînement positif. Tout dépend de la manière et du ton. D'autres experts auraient pu apporter les nuances.

Les exemples ne manquent pas. Qu'il s'agisse de suicide, d'abus sexuel, d'inceste, de violence conjugale, d'enfants ou d'aînés négligés, le travail des médias a été et est toujours d'une grande utilité pour sensibiliser la population, pour lui indiquer où chercher de l'aide, pour montrer à l'individu en détresse et ses proches qu'ils ne sont pas seuls. Pour donner aussi l'espoir de délivrance et de jours meilleurs.

Le Québec a été témoin de plusieurs drames familiaux au cours des deux dernières années. Le ministre de la Santé et des Services sociaux a cru pertinent de créer un comité d'experts pour faire le point sur la situation. Le rôle des médias figurait déjà dans son questionnement avant même que le coroner Garneau n'intervienne.

Nous devons tenter de trouver des réponses à ces gestes désespérés, violents et incompréhensibles qui bouleversent les familles et les communautés. Est-ce que nous le faisons bien? Est-ce que nous multiplions les reportages pour mieux comprendre ce qui mène à ces actes insensés, pour les prévenir, ou simplement pour distraire et fournir des sensations fortes aux lecteurs, aux téléspectateurs, aux auditeurs en décrivant avec maints détails les sévices infligés aux victimes et les relations tumultueuses des parents séparés qui ne sont pas d'intérêt public? Chaque salle de rédaction doit faire son examen de conscience.

Une réflexion est également souhaitée de la part des utilisateurs de Facebook et de Twitter. Certains contenus peuvent avoir un effet néfaste chez des personnes fragiles. Ils peuvent être destructeurs pour les survivants qui doivent subir le jugement des autres en plus de faire le deuil d'êtres chers. Les médias sociaux peuvent par ailleurs être un moyen d'appeler au secours. Là aussi, il s'agit de trouver le bon dosage.

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