Le respect des promesses formulées lors de la dernière campagne électorale et les idéologies propres à chaque parti ne peuvent seuls motiver les décisions des élus lorsque des signes de ralentissement pointent à travers le monde. Il faut veiller à l'intérêt national plutôt qu'aux intérêts partisans en vue d'un prochain scrutin. Il faut maintenir la confiance des investisseurs et des consommateurs. Aucun parti ne gagnerait à se retrouver à la tête d'une province à l'économie moribonde.
Curieusement, l'élection d'un gouvernement minoritaire peut s'avérer positive dans ce contexte économique mondial précaire. Les cadres financiers présentés durant la campagne par chacun des partis politiques ont révélé des faiblesses. La nécessaire recherche de compromis pourra permettre de les atténuer et de peaufiner les éléments qui apparaissaient comme de bonnes idées.
Déjà, le fait que le Parti québécois ne détienne pas une majorité a apaisé le milieu des affaires. Les marchés financiers n'ont pas paniqué. Chez Services économiques TD, par exemple, l'économiste principal n'a pas jugé nécessaire de revoir ses prévisions économiques à court terme à cause du changement de gouvernement. Le milieu se rassure sûrement en se disant que libéraux et caquistes seront à l'Assemblée nationale pour s'opposer aux plans péquistes considérés néfastes pour les entreprises et les investisseurs.
Les gens d'affaires doivent également regarder dans leur cour avant de blâmer le gouvernement nouvellement élu. Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a récemment critiqué les grandes entreprises du pays, leur reprochant d'avoir trop de réserves de liquidités, laissant ainsi aux ménages endettés le fardeau de faire rouler l'économie. M. Carney souhaiterait qu'elles investissent dans les équipements et la recherche pour améliorer leur productivité.
Une rétrospective révèle par ailleurs que les appréhensions que soulève l'arrivée du PQ au pouvoir ne collent pas toujours à la réalité. L'élection d'un gouvernement péquiste n'est pas toujours synonyme de recul économique et de récession. Et à l'inverse, l'élection d'un gouvernement libéral ne rime pas toujours avec prospérité.
La mondialisation et l'interdépendance des économies ont rétréci la marge de manoeuvre des gouvernements locaux en la matière. Certains choix demeurent cependant entre leurs mains, dont le maintien de l'équilibre budgétaire.
Dans le contexte actuel, on se demande déjà comment Mme Marois et son équipe pourraient joindre les deux bouts en renonçant à la contribution santé, à la hausse des droits de scolarité et à celle des tarifs d'électricité et des services de garde. Un gouvernement peut bien espérer davantage de revenus de l'industrie minière et des riches, encore faut-il que les coups de barre qu'il préconise soient approuvés par une majorité de députés et que l'économie roule et apporte les fonds espérés dans les coffres de l'État.
Si les parlementaires travaillent de bonne foi, des compromis honorables pour tous peuvent être trouvés. Sans être totalement abolie comme l'a promis le PQ, la contribution santé de 200 $ par année peut être modulée. Les tarifs d'électricité peuvent être augmentés si des dispositions sont prises pour atténuer les effets du dégel chez les bas revenus. Place au réalisme plutôt qu'au dogmatisme et au clientélisme.