Inaptes ou aptes à voter?

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(Québec) Lors du vote par anticipation, des citoyens ont été étonnés, voire choqués de constater que des personnes âgées atteintes de démence ou de la maladie d'Alzheimer puissent exercer leur droit de vote. Qui est apte ou inapte à choisir ceux qui gouverneront? Simple à première vue, cette question qui s'est posée de tout temps est beaucoup plus complexe qu'elle ne le semble.

Comment des gens incapables de remplir les plus simples tâches du quotidien parce que leurs capacités cognitives sont réduites peuvent-ils contribuer à l'élection d'un représentant à l'Assemblée nationale? Le cynisme a beau être grand à l'égard des politiciens, élire les femmes et les hommes qui formeront le prochain gouvernement d'une province n'est tout de même pas banal.

Par ailleurs, même en étant favorable à ce qu'un grand nombre de personnes puissent exprimer leur choix, comment ne pas craindre que des partisans peu scrupuleux dont l'unique préoccupation est d'aller chercher des votes pour leur candidat n'abusent de ces électeurs vulnérables vivant dans les centres d'hébergement de soins de longue durée?

Nous sommes dans une zone d'ombre et d'inconfort dont il est cependant bien difficile de sortir sans s'attaquer à un droit fondamental protégé par les chartes des droits et libertés. Où tracer la frontière entre les citoyens aptes et inaptes à choisir leur représentant à l'Assemblée nationale sans sombrer dans la discrimination, sans mettre à l'écart les personnes atteintes de maladie mentale ou très âgées?

Faut-il rappeler qu'il fut un temps où seuls les bien-pensants et les propriétaires de sexe masculin pouvaient décider qui tiendraient à la barre du gouvernement? Les femmes n'ont eu qualité d'électeur qu'en 1940 au Québec. Les membres des nations autochtones en 1969 seulement, les détenus et les juges en 1979 et les déficients mentaux en 1989. La définition de l'électeur évolue.

Pour que la démocratie ait tout son sens, le plus grand nombre possible de personnes doit pouvoir s'exprimer. Les exclusions doivent être rares et motivées. Elles doivent également pouvoir se traduire facilement dans la loi électorale et s'appliquer aisément dans les bureaux de scrutin. On ne peut demander aux représentants du Directeur général des élections de faire passer des tests psychiatriques ou de quotient intellectuel aux gens qui se présentent aux urnes.

Depuis 2007, plusieurs efforts sont déployés au Québec pour favoriser l'accès au vote et accroître un taux de participation en baisse. Le vote au domicile de l'électeur ou dans une installation d'hébergement fait partie des moyens utilisés pour rejoindre les électeurs plus âgés.

Bien sûr, cela peut conduire à des situations aberrantes où des personnes souffrant de démence tracent un X sur un bulletin. Mais va-t-on demander aux familles de mettre un proche sous curatelle pour éviter qu'il se rende aux urnes? Cette semaine, certains ont proposé que les personnes sous tutelle soient considérées comme inaptes à voter. Une telle restriction entrerait en contradiction avec la Loi électorale du Canada, qui prévoit que toutes les personnes majeures, qu'elles soient sous curatelle ou sous tutelle, peuvent voter.

Rendre possible le vote au domicile ou dans un centre d'hébergement permet par ailleurs à d'autres personnes âgées ou à autonomie réduite d'exercer un droit fondamental, de continuer d'être des citoyens à part entière. Dans une société vieillissante comme la nôtre, il faut s'en soucier. Malgré certaines failles, mieux vaut donc favoriser une participation large, évidemment sans la forcer, que de chercher à restreindre le droit de vote.

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