Lorsqu'il est question d'anglais, pendant des élections, c'est généralement pour évoquer la menace que la langue de Tom Cruise fait peser sur la nôtre. Rarement pour vanter les mérites des Québécois d'expression anglaise. Il serait peut-être temps de changer de disque. Le pouvoir d'attraction de nos amis les «Anglos» a diminué, tout d'abord. Les chiffres de l'Office de la langue française montrent qu'il s'est produit un important virage entre 1996 et 2006.
Au milieu des années 90, les personnes qui adoptaient une langue autre que leur langue maternelle choisissaient majoritairement (61 %) l'anglais.
Mais depuis, le nombre de ceux et celles qui adoptent le français a plus que doublé. En 2006, 51 % des «substitutions linguistiques» allaient vers le français.
Par ailleurs, sur l'île de Montréal, le poids relatif du français a reculé de 2 % en cinq ans, mais pas au profit de l'anglais. C'est surtout la croissance des communautés de langues «tierces» qui explique ce recul.
Ces élections offrent l'occasion de souligner - une fois n'est pas coutume - l'actif que représente pour le Québec sa communauté d'expression anglaise. C'est tout de même le deuxième groupe linguistique en importance, avec plus de 750 000 membres, dont les racines sont profondes. Ça doit bien valoir quelque chose...
Ils méritent mieux que le gênant dérapage de Mme Marois, lors du débat des chefs, quand elle a laissé entendre que tout candidat à des élections municipales, «soit-il de souche ou nouvellement arrivé», devrait faire évaluer sa connaissance du français avant d'être autorisé à se présenter.
Même si le Pari québécois (PQ) a corrigé le tir dès le lendemain, le mal était fait dans l'esprit de plusieurs. Mme Marois a pu se tromper sur la lettre, mais on a cru percevoir, à tort ou à raison, le fond de sa pensée. Quelqu'un, au PQ, aurait peut-être pu avoir l'idée de lancer un signal vers les représentants de la communauté, histoire de contrer cette fâcheuse impression, mais c'était trop demander.
Le Quebec Community Groups Network (QCGN), qui représente 41 organismes communautaires de langue anglaise à travers la province, avait écrit aux chefs de parti pour connaître leurs positions sur certains enjeux identifiés par ces organismes. Les questions touchaient l'accès aux services en langue anglaise, aux programmes d'employabilité, le soutien aux institutions.
Seul le Parti libéral a répondu à la démarche, bien que vaguement, à l'intérieur des délais. La Coalition avenir Québec (CAQ) a envoyé sa réponse au moment où le QCGN s'apprêtait à publier son communiqué. En résumé, la CAQ estime que ce qui est bon pour les francophones le sera aussi pour les anglophones.
Le Parti québécois, pour sa part, a ignoré la missive.
Les membres du QCGN aimeraient que le prochain gouvernement désigne un responsable, au sein de la députation sinon au sein de la machine gouvernementale, pour les questions touchant sa communauté. La demande est légitime et mérite considération, à tout le moins.
Les anglophones savent que leur vote pourrait faire la différence entre la victoire ou la défaite pour les principaux partis dans quelques circonscriptions, entre la majorité ou la minorité pour le prochain gouvernement. C'est une excellente raison pour les écouter.