La Coalition avenir Québec tend à simplifier un problème très sérieux qui nécessite de mesurer avec soin les impacts des solutions envisagées avant de les appliquer ou de songer à les imposer.
Contrairement à ce que pense M. Legault, ce n'est pas une perte de temps et ce n'est pas superflu d'avoir demandé à un comité d'experts indépendants dirigé par Alban D'Amours, ex-président du Mouvement Desjardins, d'examiner les régimes de retraite et de formuler des pistes pour les ajuster aux nouvelles réalités démographiques, sociales et économiques.
Certes, comme le résume le chef caquiste, il n'y a pas 56 000 mesures qu'on peut prendre. «On peut augmenter les cotisations, réduire les prestations ou repousser l'âge de la retraite», dit-il. Il va de soi que ces trois variables font partie de l'équation. Mais dans quelles proportions, quel est l'équilibre à trouver, quels sont les coûts et les répercussions de jouer sur un élément plutôt que sur un autre? Comment s'ajusteront la Régie des rentes, les prestations de vieillesse? Un modèle existant dans une université peut-il s'appliquer dans une entreprise manufacturière où les salariés travaillent de longues heures physiquement?
Des modulations sont possibles au-delà d'une pénible hausse de cotisation ou d'une bête baisse de prestation. Dans certains cas, le partage du risque entre employeurs et salariés doit être revu pour établir des contributions plus équitables. Ailleurs, les parties peuvent décider de renoncer à l'indexation des pensions ou à la transférabilité de la rente à un conjoint plutôt que d'assumer une forte hausse de cotisations. Dans d'autres milieux, les salariés préféreront se priver d'augmentation de salaire plutôt que de voir leurs prestations futures réduites.
Des gens comme Alban D'Amours, Claude Lamoureux (ex-président de Teachers en Ontario), l'actuaire René Beaudry, Bernard Morency (premier vice-président à la Caisse de dépôt et placement), Luc Godbout (professeur à l'Université de Sherbrooke), l'économiste Maurice Marchon (HEC) et l'avocat Martin Rochette ont sûrement des connaissances et des expériences qui peuvent nous guider et nous aider à sortir du pétrin. Ils peuvent aussi trouver dans d'autres pays des mesures qui peuvent être transposées, en tout ou en partie, à la réalité québécoise.
Pourquoi vouloir se priver de cette expertise? Le comité soumettra ses recommandations d'ici décembre. Ce n'est pas une éternité. Les pistes de solutions identifiées par les experts arriveront aussi plus vite que le droit au lock-out que la CAQ veut donner aux municipalités. Pourquoi refuser de s'en inspirer pour arriver à un consensus plutôt que de préparer des affrontements?
Bien sûr, de sérieuses discussions devront s'engager entre employeurs et syndicats. Entre retraités aussi. On le voit bien dans l'industrie des pâtes et papiers. Les retraités de l'usine de Papiers White Birch ne prisent pas de voir réduire leurs revenus de 30 % à la suite de l'entente convenue entre le syndicat et l'entreprise pour assurer la relance des activités.
Le problème déborde de la dynamique de renouvellement de convention collective négociée sous la menace et avec des coups de poing sur la table. Il s'agit bel et bien d'un nouveau contrat social à définir pour permettre à chaque Québécois, syndiqué ou non, d'avoir une retraite décente.