Apparemment, M. Charest ne savait pas ça, ni personne d'autre semble-t-il, car après trois jours d'appels et de courriels à la Coalition avenir Québec (CAQ), on a été incapable de nous fournir une source qui appuyait ce chiffre, sorti Dieu sait d'où.
Selon les statistiques du Collège des médecins, un omnipraticien travaille en moyenne 43 heures par semaine (données de 2002). Pour la forme, supposons que le quart d'entre eux se la coule douce à 120 jours par année de boulot. Pour arriver à la moyenne de 43 heures par semaine, il faudrait que le reste des «omnis» se tapent des semaines de 49 heures ou plus.
Cela voudrait dire qu'on ne peut pas vraiment augmenter leur charge. Et si c'est le cas, comment tenir la promesse de trouver, en 12 mois, un médecin de famille pour les deux millions de Québécois qui n'en ont pas?
Les élections, c'est un peu comme le biathlon : il faut courir et puis tirer le plus rapidement possible, avant même de reprendre son souffle. Aucun parti n'y échappe, mais le chef de la CAQ cède parfois trop facilement à la tentation du raccourci, comme coller une étiquette à des groupes sociaux : les jeunes qui veulent faire la belle vie, les femmes qui ont peur du changement de la CAQ, et les pires à ses yeux : les syndicats. Dans sa bouche, le mot prend une connotation presque honteuse, notamment lorsqu'il a été question de la Fédération des médecins omnipraticiens, pendant ce premier débat.
Le problème, c'est que des dossiers complexes sont ramenés à leur plus simple expression. Ainsi, la manière dont M. Legault s'attaque à celui des médecins de famille a de quoi laisser perplexe : «Faites le calcul, disait-il cette semaine. Huit mille médecins fois 1000 patients, ça donne huit millions de Québécois qui ont un médecin de famille.»
Doit-on conclure que le dossier piétine parce que personne au ministère de la Santé ne sait diviser ou multiplier?
De tels raccourcis risquent de fausser le débat. Un autre exemple : les données sur lesquelles s'appuie le chef caquiste pour vouloir couper 250 millions $ dans les honoraires des pharmaciens sont fortement contestées par ceux-ci.
Pendant qu'on y est, pourrait-on appliquer la même médecine pour la rémunération en radiologie et ophtalmologie, les deux spécialités où on trouve la proportion la plus élevée des médecins au sommet de l'échelle? Plus de 750 000 $ par an pour 40 % des ophtalmologistes et 50 % des radiologistes.
Les 425 spécialistes les mieux payés gagnent à eux seuls autant que 1620 omnipraticiens. Peut-être que Gaétan Barrette pourrait se pencher là-dessus? C'est vrai, M. Barrette, un radiologiste, était président de la Fédération des médecins spécialistes. Délicat...
Il nous dirait sans doute, avec raison, que les choses ne sont pas si simples, que les radiologistes doivent consacrer une plus grande part de leur rémunération aux frais de leur clinique, que ces services coûtent moins cher au Québec que dans les autres provinces.
«Le diable est dans les détails», comme le veut le dicton. Et c'est aussi vrai pour le dossier des médecins de famille. Il ne suffit pas d'une simple division pour prétendre régler le problème. La réalité est beaucoup plus complexe et elle mérite une réponse plus approfondie que celle qu'on nous propose.