On ne peut reprocher à Thomas Mulcair et ses troupes de manquer d'ambition et de ne pas tenter de profiter de la conjoncture. Avant l'élection de mai 2011, le Nouveau Parti démocratique n'avait réussi en 40 ans qu'à faire élire un seul député, Phil Edmonston, lors d'une élection complémentaire dans Chambly. L'appétit des Québécois pour le changement, la popularité du chef Jack Layton et le désir de freiner les conservateurs de Stephen Harper ont changé la donne. En mai 2011, le NPD a réussi à faire élire 59 députés du Québec à Ottawa, mettant ainsi au chômage les députés du Bloc québécois, dont leur chef Gilles Duceppe.
Est-ce que cette vague orange est le signe que le Québec est mûr pour avoir un parti néo-démocrate provincial comme il en existe dans les autres provinces? Bien que des revirements étonnants soient possibles en politique, des doutes sur la possibilité de concrétiser rapidement un tel plan demeurent.
La présence de 58 députés au Québec (Lise Saint-Denis est partie chez les libéraux) et le fait que M. Mulcair provienne du Québec peuvent certes aider le Parti à consolider ses assises dans la belle et distincte province et contribuer à y instaurer une structure. En formant l'opposition officielle à Ottawa, les députés néo-démocrates jouissent également d'une plus grande visibilité. Mais cela s'avère insuffisant.
Le test crucial sera le prochain scrutin à Ottawa en 2015. Si le NPD échoue à obtenir l'appui des Québécois, soit par engouement pour son programme ou soit par vote stratégique, le parti revigoré par Jack Layton devra oublier ses visées. Le Québec a déjà un parti bien identifié à la gauche, Québec solidaire. Le parti de Françoise David et d'Amir Khadir est d'ailleurs le résultat d'une fusion entre l'Union des forces progressistes et le Parti de la démocratie socialiste, qui avant janvier 1995 s'appelait... NPD-Québec. D'autres formations politiques se veulent aussi progressistes et sociales-démocrates. Le NPD-Québec ne serait pas la seule conscience sociale des Québécois.
A-t-on vraiment besoin qu'un autre joueur occupe le champ gauche? Lors des dernières élections auxquelles il a participé, en 1994, le NPD-Québec a récolté 0,85 % du vote. En 2008, Québec solidaire en a obtenu 3,78 %. Dans le dernier sondage CROP-Le Soleil, la formation recueillait 8 % des intentions de vote. On est loin du pouvoir et même de l'opposition officielle.
Même si l'enjeu des élections québécoises ne porte plus autant qu'avant sur la question constitutionnelle, certains électeurs pourraient cependant être enclins à voter pour un parti clairement de gauche qui n'est pas souverainiste. Des fédéralistes peuvent être réticents à opter pour Québec solidaire parce qu'il est souverainiste, alors que le NPD-Québec ne traînerait pas cette étiquette. Une partie de l'électorat anglophone pourrait aussi trouver refuge au NPD-Québec ou retrouver une raison d'aller voter. Le coleader de Québec solidaire, Amir Khadir, semble déjà prévenir les coups lorsqu'il affirme «l'indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement l'indépendance».
Après la division du vote souverainiste dans la présente campagne électorale, il faudra aussi parler de la division du vote de gauche si le parti de Thomas Mulcair réalise ses ambitions.