Après avoir lancé sur Twitter que les filles attachent moins d'importance au salaire que les garçons, après avoir déclaré que les jeunes aspirent seulement à la «belle vie» et que les parents n'inculquent pas la culture de l'effort à leurs enfants, le chef adéquiste a de nouveau tenu jeudi des propos étonnants.
Invité à commenter le sondage CROP-Le Soleil indiquant que sa formation obtient 20 % d'appui chez l'électorat féminin alors que le Parti libéral en retire 27 % et le Parti québécois, 40 %, M. Legault a servi une explication malhabile et condescendante.
Selon lui, si les Québécoises n'ont pas l'intention de voter pour la CAQ, c'est parce qu'elles sont insécures devant les changements sociaux d'importance que son équipe veut apporter. D'ici la fin de la campagne, il compte donc tenter de leur expliquer que les transformations que son parti propose sont essentielles et possibles.
C'est pas gentil? Un peu plus, il disait que les «madames» n'ont pas compris. Ne négligeant rien pour plaire aux électrices, M. Legault est même prêt à réviser sa tenue vestimentaire. Certes, l'image a son importance dans une campagne électorale. Les hommes et les femmes évoluant sur la scène politique le savent très bien. Mais au lieu de se demander s'il doit ou non porter une cravate, le chef Legault devrait s'interroger sur le contenu de son programme et sur la façon dont ses candidats et lui le transmettent.
Peut-être constaterait-il que les femmes ont très bien saisi la plate-forme de la CAQ mais qu'elles n'en veulent tout simplement pas même si elle comporte des volets importants sur l'éducation et la santé, des sujets qui les préoccupent habituellement davantage que les hommes lorsque vient le temps d'élire un gouvernement.
Peut-être réaliserait-il aussi que des femmes estiment que les changements que son parti suggère pointent dans la bonne direction mais qu'elles doutent de la capacité et du doigté de la CAQ de les appliquer sans créer de crise ou de problèmes supplémentaires
Peut-être apprendrait-il également que les femmes trouvent aussi incohérent et contradictoire qu'un parti puisse prétendre faire le ménage et assainir les finances publiques tout en s'engageant dans une série de nouvelles dépenses.
Selon les sondeurs, l'électorat féminin est habituellement plus disponible à une nouvelle offre politique tandis que les hommes votent davantage par affiliation partisane. Elles aiment magasiner. Récente créature, la CAQ a donc la possibilité de les attirer. Dans un sondage CROP de janvier, la Coalition récoltait 28 % des intentions de vote chez les femmes. En mars, sa cote avait baissé à 19 % et elle se situe au dernier coup de sonde à 20 %. Parce que les Québécoises n'ont pas compris et craignent le changement? C'est un peu court.
Tout peut encore se jouer d'ici le 4 septembre. La lutte se fait à trois. Mais si François Legault veut attirer plus de votes et rallier les nombreux indécis, il devra s'exprimer mieux et cesser d'offenser ou de sous-estimer les électeurs et les électrices.
Par ailleurs, si, selon le plus récent sondage, les femmes manifestent une préférence pour le Parti québécois, ce n'est pas parce qu'elles se rangent derrière la chef Pauline Marois pour en faire la première femme première ministre du Québec. Le parti est plus populaire que la chef. Si Pauline Marois réussit à décrocher le poste de première ministre, personne ne pourra donc dire que c'est simplement parce qu'elle est une femme.