Même si les porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante incitent leurs membres à poursuivre la grève entamée en février, une majorité d'associations préfèrent reprendre les cours. Un choix judicieux. Essoufflé, le mouvement étudiant? Orphelin de son leader Gabriel Nadeau-Dubois? Disons plutôt que cégépiens et étudiants d'universités sont confrontés à la réalité et que le calcul des coûts et des bénéfices ne favorise plus le recours à la grève.
La mobilisation du printemps n'a pas été vaine. Elle a forcé le gouvernement Charest à apporter certains ajustements pour atténuer les effets de la hausse des droits de scolarité afin de s'assurer que les études supérieures demeureront accessibles à tous. Elle a aussi instruit les jeunes des rouages de la démocratie, de la politique, et incité certains à s'engager dans la cause du carré rouge ou vert. Le conflit a aussi révélé les faiblesses de la démocratie étudiante, dont il faudra revoir les règles pour empêcher qu'une poignée d'individus paralysent un campus. Les jeunes ont également fait réaliser aux vieux qu'ils existent.
Mais que gagneraient aujourd'hui de plus les étudiants à rester dans la rue plutôt qu'à poursuivre leur cheminement scolaire? Ils ont tout à perdre et rien à gagner.
Les étudiants disposent de quelques semaines pour compléter la session d'hiver inachevée à cause du conflit. Déjà, des doutes planent sur la qualité de la formation dispensée cet automne à toute vitesse pour éviter l'annulation de la session. Sacrifier encore des heures d'enseignement et de travaux équivaudrait à accorder des crédits bidon. Les établissements n'ont plus de marge de manoeuvre. En s'opposant à la grève, les étudiants indiquent clairement qu'ils refusent de reprendre une session à zéro.
La controversée loi 12 (projet de loi 78) pèse aussi comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête des étudiants, des enseignants et des directions des cégeps et des universités. Qui veut défier une loi et payer des amendes salées pour contester des frais qui demeurent parmi les plus bas au pays?
En perturbant à nouveau la vie sur les campus, les étudiants risqueraient aussi dans la présente campagne électorale de donner un coup de main aux libéraux dont ils contestent les choix. Le but est pourtant de les remplacer par un gouvernement plus sensible à leur cause.
La Fédération étudiante universitaire du Québec et la Fédération étudiante collégiale du Québec misent d'ailleurs sur le vote du 4 septembre pour avoir leur revanche sur le gouvernement Charest et incitent leurs membres à se rendre massivement aux urnes. Mais là encore, rien n'est gagné.
Même si les libéraux sont battus, Québec solidaire et Option nationale, qui promettent la gratuité scolaire, ne formeront pas le prochain gouvernement. La Coalition avenir Québec approuve aussi une hausse des droits, bien que moindre que celle imposée par les libéraux. Reste le Parti québécois, qui promet de retirer l'augmentation et la loi 12. Mais encore faudra-t-il que les députés péquistes soient majoritaires à l'Assemblée nationale pour imposer leur vision.
Une autre inconnue demeure aussi le taux de participation des jeunes aux élections. Ce printemps, plusieurs ont boudé les assemblées étudiantes. Ils y sont plus nombreux cette semaine, car l'enjeu est bien tangible. Un signe? Contrairement à ce qui se passe aux cégeps du Vieux Montréal et de Saint-Laurent, il n'y aura pas de reprise au vote du 4 septembre. Que le résultat plaise ou non aux associations étudiantes.