Au-delà du tour de taille

(Québec) Longue attente aux urgences, difficultés à obtenir un rendez-vous avec un médecin de famille, délai pour recevoir des traitements, insuffisance des soins à domicile. Les maux qui affligent le système de santé sont les mêmes depuis 10 ans. Le grand changement est qu'aucun parti ne tente dans la présente campagne électorale de faire croire que la solution à ces problèmes réside dans un recours accru au secteur privé. Voilà qui est sage et réaliste.

Les anciens adeptes de l'Action démocratique et de Mario Dumont ne peuvent plus nourrir d'espoir. La Coalition avenir Québec de François Legault mise sur le secteur public pour prendre soin de la santé des Québécois et compte sur le financement public pour y parvenir.

Le candidat Gaétan Barrette, ancien président de la Fédération des médecins spécialistes, et le chef Legault ne laissent place à aucune ambiguïté. Le privé est superflu si le public est géré efficacement, dit l'un. De 80 à 90 % des problèmes se règlent dans le public, ajoute l'autre.

La joute électorale ne porte plus sur la place du privé en santé, où 70 % des dépenses sont assumées par l'État. Au début des années 2000, certains martelaient que le salut proviendrait du privé et que le public était incapable de livrer la marchandise à moins de sacrifier d'autres missions de l'État. En 2012, les politiciens tentent d'appliquer ce que maints rapports d'experts ont suggéré pour rendre le système plus productif et moins coûteux : un accès plus rapide aux services de première ligne pour éviter que les malades se retrouvent inutilement dans les hôpitaux, une meilleure collaboration et complémentarité entre les différents professionnels et des pratiques cliniques qui collent davantage au profil de la population.

Des choix logiques qui se heurtent cependant aux courts échéanciers des politiciens, évalués sur les réalisations d'un mandat. Or, un vaste et complexe réseau comme celui de la santé ne se transforme pas en claquant des doigts. Des médecins et des spécialistes ne se forment pas en quatre ans. Il faut aussi du temps pour modifier les comportements et les façons de faire des acteurs du réseau, y compris les malades.

Évidemment, il est tentant pour un candidat de dire qu'il réglera sur-le-champ les lacunes du système plutôt que d'avouer que les solutions mettront un peu de temps à se concrétiser. Les libéraux de Jean Charest ont commis ce type d'erreur en 2003 en promettant que le temps d'attente dans les urgences serait chose du passé. Les caquistes tombent à leur tour dans le piège en assurant que chaque Québécois aura son médecin de famille d'ici un an. Le Parti québécois de Pauline Marois se montre plus réaliste en se donnant quatre ans pour atteindre cet objectif.

Les partis politiques abordent aussi superficiellement la question du financement. Ils éliminent la contribution santé de 200 $ par année introduite par les libéraux. Facile d'applaudir le retrait de cette taxe uniforme pour les riches et les plus pauvres. Reste à voir cependant si les économies espérées à certains postes budgétaires compenseront les dépenses prévues dans d'autres, et si les baisses d'impôts ou de tarifs promises ne compromettront pas certains services à moyen et long termes. Les libéraux se défendent pour leur part d'avoir de nouvelles hausses de tarifs dans leurs cartons. Ils se permettent même des ajouts (les soins dentaires pour les moins de 16 ans) dans le panier de services.

Les défis sont majeurs en santé. Les besoins et les attentes augmentent plus vite que les ressources pour y répondre. La population se fout pas mal que le futur ministre de la Santé ait ou non des kilos en trop. Qu'il donne l'heure juste et qu'il veille au bien-être des malades compte plus que son tour de taille.

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