Martine Desjardins de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), Éliane Laberge de la Fédération étudiante collégiale (FECQ) et Gabriel Nadeau-Dubois de la Coalition large de l'Association pour une solidarité étudiante (CLASSE) peuvent bien soutenir de leur côté qu'il y a trop d'enjeux dans une élection générale pour tirer une conclusion claire sur leur dossier, ça ne changera rien au fait que les étudiants ne sont maintenant plus les seuls maîtres du jeu.
La décision sans appel quant au fardeau qu'ils devront supporter dans le financement des universités est un choix collectif où d'autres acteurs que cégépiens et universitaires ont leur mot à dire. À commencer par les contribuables qui assumeraient la facture excédentaire s'il devait y avoir gel ou indexation plutôt que la hausse progressive prévue dans le budget du ministre Raymond Bachand. Le verdict final est donc entre les mains des électeurs.
Il est bien sûr tout à fait légitime pour certains d'évaluer que l'accès à l'éducation devrait être complètement gratuit au Québec puisqu'il s'agit d'un investissement pour l'avenir de toute une société.
Mais il l'est tout autant pour d'autres de considérer que dans l'état actuel des finances publiques au Québec, une contribution supplémentaire des étudiants est nécessaire, surtout si une amélioration sérieuse du soutien pour ceux dont les finances sont précaires vient protéger l'accessibilité.
C'est justement pour trancher des visions du monde différentes, et en soi tout autant valables, que les électeurs ont rendez-vous le 4 septembre. Et les options sont claires. Entre l'approche très sociale de Québec solidaire à un bout du spectre et celle très économique de la Coalition avenir Québec à l'autre, les citoyens ont devant eux un large éventail de choix pour exprimer leur préférence.
Les règles de la démocratie sont les mêmes pour tous. L'Assemblée nationale a adopté une loi qui interdit de bloquer l'entrée des institutions d'enseignement à ceux qui veulent aller assister à leurs cours. À travers des injonctions, les tribunaux ont d'ailleurs reconnu ce droit des étudiants qui le désirent d'aller entendre leurs professeurs dispenser l'enseignement pour lequel ils ont acquitté les droits de scolarité.
Actuellement, la FEUQ et la FECQ travaillent activement à faire battre les libéraux dans certaines circonscriptions où les députés gouvernementaux sont jugés vulnérables. Ils veulent ainsi s'assurer d'échapper à la hausse.
Parfait! Nous vivons en démocratie. Les associations s'étant engagées à respecter la loi électorale, elles peuvent travailler à faire pencher la balance du côté de leurs intérêts.
Mais si le Parti libéral du Québec ou la Coalition avenir Québec devait en fin de course être choisi pour former le prochain gouvernement, les étudiants devront avaler leur pilule.
Dans le cas de la CLASSE, dont le militantisme vise désormais ouvertement à mettre en place un autre projet de société au Québec, il faudra sans doute déjà se faire à l'idée que même un gouvernement du Parti québécois ne trouverait pas grâce à ses yeux le 5 septembre. Mais il faudra aussi voir alors combien d'étudiants les suivront.