Quand, par exemple, Jacques Duchesneau, qui symbolise l'intégrité dans l'esprit de bien des Québécois, claironne qu'il a un blocage à participer au financement de son propre parti, il tire en quelque sorte dans le fond du bateau dans lequel il vient de prendre place.
Les propos de l'ex-policier renforcent en effet la conviction populaire que tout est pourri au royaume des politiciens. Même lui, le grand justicier, n'ose pas essayer de respecter la loi électorale.
Évidemment, après avoir affirmé que 70 % des fonds qui se retrouvent dans les caisses des partis provinciaux et municipaux est de l'argent sale, on le comprend d'hésiter.
Pourtant, sur la base des vérifications de ses avocats, il soutient que la Coalition avenir Québec, elle, n'a rien à se reprocher. Néanmoins, il préfère quand même s'abstenir, demeurer au-dessus de la mêlée, se garder les mains libres, et surtout, propres. À ses collègues donc de se les salir pour son élection.
Pour corriger le problème du financement des partis, comme d'autres, l'équipe de François Legault promet de réduire l'ampleur des contributions politiques des citoyens. C'est ce qui va permettre de couper court aux stratagèmes de contournement permettant aux entreprises d'utiliser des prête-noms pour alimenter copieusement les caisses électorales.
La contribution maximale passerait ainsi de 1000 à 100 $ et les dépenses électorales seraient de même réduites de 11 à 4 millions $.
L'inéluctable contrepartie, c'est que les organisations politiques québécoises vont devenir encore plus dépendantes des fonds publics. Les sommes allouées en proportion des bulletins de vote accumulés par chaque formation lors des élections générales n'ont donc pas fini d'augmenter.
Incidemment, ça veut dire qu'à travers leurs impôts, les souverainistes vont financer encore davantage les partis fédéralistes et vice versa; que les carrés rouges financeront le Parti libéral et que les tenants de la CAQ soutiendront Québec solidaire et Amir Khadir.
Mais comment faire autrement puisque les contributions personnelles sont déjà en chute libre. L'effet sans doute du trop fort parfum de scandale autour des élus et des partis à tous les niveaux ces dernières années.
Il reste que l'impression de dépliants et de pancartes électorales, la diffusion de messages publicitaires, les tournées des chefs, la tenue de grands rassemblements partisans, même si ça coûte très cher, ça contribue à stimuler la vie démocratique en permettant de faire connaître les valeurs, les programmes et les candidats des différentes équipes.
Mais attention, peut-être un jour y aura-t-il un chef au Québec pour promettre aussi de couper court au financement public des partis comme l'a fait Stephen Harper au fédéral? Cette loi est maintenant en vigueur et lors de la prochaine élection en 2015, les partis canadiens ne recevront plus aucune subvention en proportion des votes obtenus. Outre l'opposition, il n'y a pas eu grand-monde pour s'en plaindre.
Ultimement, il existe donc un danger bien réel de désintérêt encore plus grand pour la chose publique. Heureusement, il y a encore des candidats de qualité sur les rangs cette fois-ci au Québec. Ils doivent être conscients qu'ils partagent une responsabilité collective, celle de redonner ses lettres de noblesse à l'engagement politique.