Dans un courriel, Andrew MacDougall, porte-parole du premier ministre canadien, a indiqué que ce dernier n'allait pas se rendre à Halifax, ses vis-à-vis ayant amplement d'occasions de discuter avec lui des sujets qui les préoccupent à la faveur de leurs rencontres bilatérales.
Il y a eu depuis 2010 pas moins de 74 de ces tête-à-tête entre M. Harper et l'un ou l'autre des chefs de gouvernement au pays, a plaidé M. MacDougall dans son message.
Il n'y a par ailleurs à Ottawa aucun projet de sommet fédéral-provincial dans les cartons pour les prochains mois. La dernière remonte à 2009.
On peut aisément comprendre que, dans la perspective du premier ministre canadien, aller s'asseoir avec ses collègues signifie se retrouver sur la sellette et devenir l'objet de pressions insistantes pour rediriger des fonds fédéraux vers les caisses des différents gouvernements.
Et pour un conservateur fondamentalement convaincu que l'État doit limiter ses interventions au strict minimum afin de laisser le champ libre aux forces du marché et de laisser le plus d'argent possible dans les poches des contribuables pour lancer des initiatives, ce quémandage provincial relève presque de l'agression.
Mais en sollicitant l'appui des Canadiens pour devenir premier ministre d'une fédération vue comme un modèle sur la planète, Stephen Harper a implicitement acquiescé à l'idée qu'il allait devoir travailler en partenariat avec ses homologues
Si on peut convenir avec lui qu'un certain nombre de questions peuvent être approfondies à travers des coups de fil ou des rencontres bilatérales occasionnelles, il est certainement aussi légitime de croire qu'une bonne discussion de fond qui se nourrit de l'apport conjugué de tous ceux qui ont à prendre des décisions difficiles dans des contextes différents peut être utile, pertinente et éclairante.
En fait, le problème, ce n'est pas tant que le premier ministre canadien refuse de participer à cette rencontre spécifique sur l'économie jugée essentielle par l'ensemble de ses collègues en raison du contexte de crise qui a cours en Europe et aux États-Unis, c'est plutôt que la gestion conservatrice des affaires de l'État pratiquée actuellement par le fédéral est de plus en plus ouvertement unilatérale et unidirectionnelle.
Et compte tenu de l'emprise extrêmement serrée exercée par le chef conservateur fédéral sur ses ministres, elle exclut en quelque sorte l'idée que quelqu'un d'autre que Stephen Harper puisse avoir raison. C'est inquiétant. Très inquiétant.
Pour un gouvernement fédéraliste comme celui de Jean Charest, l'intransigeance et l'insensibilité d'Ottawa ne peuvent cependant être dénoncées avec trop de véhémence au risque que les souverainistes fassent leurs choux gras de cet actuel dialogue de sourds. Ils ont déjà beau jeu de mettre en relief les crises ouvertes qui s'additionnent : registre des armes à feu, justice axée sur la punition, financement restreint de la santé, etc. Elles tendent à démontrer la thèse que les intérêts du Québec pourraient être mieux servis autrement.
Le premier ministre Stephen Harper porte donc une lourde responsabilité sur ses épaules. Elle inclut celle de démontrer que la force de la fédération n'est pas l'affaire d'un seul homme, mais qu'elle repose sur la cohésion et l'action concertée de l'ensemble des partenaires. Or, pour le croire, les Canadiens doivent les voir à l'oeuvre ensemble de temps en temps.