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La guerre, un sac à la fois

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Pierre Asselin
Le Soleil

(Québec) Porté par l'euphorie préélectorale qui n'épargne personne dans l'entourage de Jean Charest, le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), M. Pierre Arcand, a récemment annoncé que nous avons pris de l'avance dans la guerre aux sacs de plastique.

Deux ans d'avance pour être précis. En effet, les Québécois ont atteint en 2010 l'objectif qui avait été fixé pour 2012, soit de réduire de plus de 50 % le nombre de sacs d'emplettes à usage unique, cette peste plastifiée. Cela veut dire environ 1,2 milliard de sacs de moins qu'en 2007, où il s'en consommait 2,2 milliards par année.

Quand même. Extrapolons un peu en ajoutant 2011 et 2012, et ça fait pas mal de sacs. Quatre milliards au moins pour ces trois années, si la tendance se maintient. Et si, comme moi, vous aviez l'habitude d'emmagasiner les sacs maudits dans un autre sac, plus grand et plus résistant, vous êtes bien placés pour savoir que malgré sa minceur, il prend pas mal de place.

Tout le monde ne partage pas mon dédain pour le petit sac. Ceux qui les fabriquent, surtout, plaident qu'il est recyclable (mais peu recyclé), contrairement à la majorité des sacs réutilisables, et que ces derniers finissent d'ailleurs par être tout sale, etc., etc.

Non, merci. Débarrassez-nous-en et passons à autre chose. On finira bien un jour par fabriquer un sac aussi réutilisable que recyclable.

Cela dit, nous avons peut-être gagné une bataille, mais la guerre n'est pas finie, loin de là. Elle commence. Toronto a pris le taureau par les cornes et voté une résolution pour l'élimination totale de tous les sacs d'emplettes à usage unique à compter de janvier 2013. Une résolution à laquelle s'est opposé le maire Rob Ford, qui l'a qualifiée de «complètement stupide». Vraiment?

De toute façon, le Québec n'aura pas recours à des moyens aussi drastiques. On mise plutôt sur les «codes volontaires», auxquels adhèrent les entreprises pour faire évoluer les choses dans le sens du monde. Après le Code volontaire sur l'utilisation des sacs d'emplettes, adopté en 2008, est venu un Code volontaire pour l'optimisation des contenants, emballages et imprimés, en 2011. Un nouveau front dans cette drôle de guerre.

La bataille pour changer nos habitudes semble avancer à pas de tortue, le plus souvent, mais on ne perd pas toujours, quand même. Si vous êtes âgé de plus de 20 ans, vous vous souvenez peut-être de la colonne noire de fumée qui s'élevait au-dessus du dépotoir de Saint-Amable, en Montérégie, le 16 mai 1990, où trois millions de pneus ont brûlé pendant quatre jours.

Eh bien, le ministre Arcand, encore lui, nous annonçait cette semaine que nous nous sommes finalement débarrassés, cette année, de tout l'inventaire de pneus usés qui datait de cette époque. D'accord, il en aura fallu du temps, mais c'est parce qu'en plus des 46 millions de pneus qui s'entassaient dans 800 sites, il fallait aussi traiter les millions qui s'ajoutaient chaque année. En tout, depuis le début de l'opération en 1996, nous en avons récupéré 151 millions, avec lesquels on fait toutes sortes de choses, allant du tapis pour animal de ferme jusqu'au terrain de soccer synthétique.

Mais la guerre ne fait que commencer, vous disais-je. En 10 ans, la quantité de déchets a augmenté de 56 % au Québec. C'est vertigineux quand on y pense, d'autant plus qu'on ne récupère même pas le quart de nos déchets domestiques. Ce ne sont pas les batailles qui vont manquer.

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