Le dossier d'Omar

Pierre Asselin
Le Soleil

(Québec) Omar Khadr a été capturé par l'armée américaine en juillet 2002. Il a croupi pendant huit ans dans la prison de Guantánamo, avant d'être jugé et condamné à huit ans de prison en 2010.

Ajoutez à cela les deux dernières années qu'il a passées, toujours dans la même prison, et cela fait 10 ans qu'il est sous l'observation constante de ses geôliers américains.

Mais, même après tout ce temps, le ministre de la Sécurité publique Vic Toews estime qu'il ne sait toujours pas si le «terroriste» constitue une menace pour notre sécurité nationale. C'est du moins la raison qu'il invoque pour ne pas accepter de rapatrier le prisonnier, reniant ainsi l'entente conclue avec les autorités américaines en 2010.

Qu'a-t-il fait de si grave pour qu'on le craigne autant? Il a plaidé coupable à des accusations de meurtre, de tentative de meurtre, de conspirationet d'espionnage.

Voici ce que dit son dossier.

Meurtre : il a lancé la grenade qui a tué un médecin militaire, lors de l'affrontement qui a mené à sa capture en sol afghan; tentative de meurtre : il faisait partie d'une cellule terroriste qui a posé une dizaine de bombes artisanales; espionnage : il a noté le nombre de véhicules d'un convoi de l'armée américaine, leur vitesse et la distance qui les séparait. Tout ça dans une période de deux mois, juin et juillet 2002.

C'est tout ce que les Américains ont trouvé contre lui. Le dossier d'accusation nous apprend aussi autre chose. Les 10 bombes artisanales ont toutes été désamorcées parce que le jeune garçon avait révélé leur emplacement aux soldats américains.

Résumons : il a lancé une grenade, posé une dizaine de bombes, qu'il a par la suite aidé à désamorcer, et observé un convoi.

Et il avait 15 ans...

L'attitude d'Ottawa dans ce dossier serait simplement ridicule si elle ne représentait pas en plus un affront aux droits que ce gouvernement prétend défendre.

Rappelons que la Cour suprême, dans une décision unanime (9 à 0), avait conclu en 2010 que l'accusé avait été soumis à un «régime jugé en violation de droits fondamentaux protégés par le droit international», et que son traitement contrevenait «aux normes canadiennes lesplus élémentaires».

Si le ministre Toews veut vraiment évaluer le danger que représente ce garçon, qu'il se penche sur ce qui s'est passé depuisson arrestation.

Il pourrait par exemple consulter Arlette Zinck, professeure au King's University College d'Edmonton, qui a supervisé le programme d'enseignement préparé spécialement pour Khadr par 15 universitaires canadiens, avec l'accord des dirigeants de la prison. Elle est allée elle-même présenter le contenu de ce programme dans la cellule du prisonnier.

L'entêtement du gouvernement Harper dans ce dossier trahit d'abord et avant tout une vision dogmatique, où la réalité a moins d'importance que l'idéologie, où l'opinion d'un ministre pèse plus lourd que la règle de droit.

C'est d'ailleurs ce qu'avait conclu le Barreau canadien, lorsqu'il a critiqué les changements apportés par les conservateurs à la Loi sur le transfèrement international des délinquants, créant des règles qui accordent un pouvoir discrétionnaire excessif au ministre.

La meilleure façon de protéger le public, rappelait l'organisme, est de permettre la réhabilitation des prisonniers, et pour que cela soit possible, on doit voir à ce qu'ils aient accès à leur communauté et à un environnement culturel adéquat.

Si M. Toews veut protéger ses concitoyens, qu'il rapatrie Omar Khadr pour faciliter sa réhabilitation. S'il veut absolument en faire un terroriste, c'est une autre histoire.

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