Dès le début du conflit, en mars 2011, l'armée et les milices réprimaient par la torture et le meurtre les manifestations d'une population qui réclamait, de façon pacifique, des changements. Des villes entières ont été assiégées sauvagement par les soldats et les chars d'assaut de l'armée.
Maintenant, c'est le régime qui est assiégé.
L'explosion d'une bombe dans un bâtiment de la Sécurité nationale, au centre même de Damas, signifie que les têtes dirigeantes sont traquées. Cet attentat a coûté la vie à trois des six membres de la cellule de crise du gouvernement, et le mutisme du président syrien au lendemain de cet événement peut être interprété comme un signe éloquent de désarroi.
L'appareil du pouvoir se lézarde chaque semaine davantage. Jusqu'ici, 20 généraux ont fait défection, ainsi que l'ambassadeur de Syrie en Irak.
À première vue, ce revirement de situation est étonnant, compte tenu de l'inégalité des forces en présence, mais Bachar Al-Assad a lui-même donné des munitions à ses ennemis en tolérant les pires violences sur des innocents, sur de jeunes enfants, sur des familles entières. Avec cette fuite par en avant, il a, d'une certaine façon, signé lui-même l'arrêt de mort de son régime.
Par ailleurs, le ballet diplomatique auquel se livre l'ONU, pendant la tuerie, n'est certes pas à l'honneur de l'institution. Le plan de paix piloté par Kofi Annan, faisant fi des exactions du régime, n'avait aucune chance d'aboutir. Il aura à tout le moins permis la venue d'observateurs sur le terrain, mais sans plus.
Le chef de cette mission, le général norvégien Robert Mood, a d'ailleurs lui-même sévèrement critiqué la diplomatie, estimant qu'il y avait eu «trop de belles discussions dans de beaux hôtels mais trop peu de progrès vers une solution». Alors que sa mission se termine, le militaire a livré un plaidoyer pour la paix, se disant convaincu qu'un conflit armé n'offre aucun espoir.
Peut-être, mais les voeux du représentant de l'ONU ont peu de poids devant un régime qui se maintient depuis des décennies au moyen de la répression et de la violence. La torture était pratique courante en Syrie bien avant le printemps 2011.
L'impuissance du Conseil de sécurité, paralysé par les veto de la Russie et de la Chine, ne fait que prolonger l'agonie du pays. L'équation est pourtant simple: il n'y a aucun espoir de solution avec le régime Assad, et celui-ci n'a aucune intention de céder sa place. Il faut exercer des pressions énormes pour dénouer cette impasse.
Plusieurs croient que le pire est à venir, si le gouvernement se désintègre sans que les nombreuses factions qui composent ce pays arrivent à s'entendre. Il faut éviter à tout prix que ce scénario se réalise, mais plus la communauté internationale hésite à s'engager, plus elle augmente le risque de voir le pays s'embraser.
Il n'y a plus rien à attendre du Conseil de sécurité, mais cela ne signifie pas pour autant qu'il n'y a rien à faire. Rien n'empêche une action concertée de l'OTAN, dans laquelle la Turquie aurait un rôle important à jouer, avec l'accord de la Ligue des États arabes. On peut soutenir les forces d'opposition, offrir une protection à l'intérieur de certaines zones, et ainsi créer des liens grâce auxquels on pourra ensuite avoir une certaine influence sur la suite des choses. Ne rien faire est la pire des solutions.