Fonction publique: une réforme à ne pas oublier

Pierre Asselin
Le Soleil

(Québec) Décrocher un emploi au gouvernement québécois, c'est un peu comme une course d'endurance. Cela peut prendre 3, 6 ou même 12 mois.

À une certaine époque, cela ne posait pas de problème, on se bousculait pour remplir les listes de candidatures à la fonction publique.

Plus maintenant.

La génération du baby-boom quitte le navire comme elle y est entrée : rapidement et en grand nombre. Mais les générations qui la suivent sont beaucoup moins peuplées. D'ici 2016, il n'y aura pas assez de nouveaux travailleurs pour combler tous ces départs, prévoit Statistique Canada.

Dans ce contexte, si la fonction publique espère attirer une relève de qualité, en nombre suffisant, elle ne peut plus se permettre un processus d'embauche interminable, pendant lequel les candidats ont tout le temps de se tourner vers le privé.

La présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, veut y remédier avec le projet de loi 72, modifiant la Loi sur la fonction publique.

Le projet a été déposé le 15 mai... soit moins de 24 heures après que Mme Courchesne hérite du dossier du conflit étudiant à la suite de la démission de Line Beauchamp. Cela explique pourquoi vous n'en avez jamais entendu parler.

Piloté par une ministre qui se prépare à quitter la vie politique, le projet de loi 72 est menacé par le déclenchement des élections.

Il apporte pourtant des changements attendus depuis longtemps. On veut éliminer les nombreux «concours» et les «listes de déclaration d'aptitudes», pour remplacer tout ça par un processus simplifié de qualification.

Tous s'entendent sur les avantages du mode de dotation proposé : réduction des délais de traitement, à quatre semaines ou moins; une inscription unique pour ne plus avoir à participer à plusieurs concours; réduction des délais pour connaître ses résultats, au lieu d'attendre que tout le groupe ait été évalué, comme c'est présentement le cas.

Et surtout, l'expérience antérieure du candidat sera enfin reconnue lors de l'embauche, un gain majeur, qui ne sera toutefois pas rétroactif.

Selon une consultation menée par le Forum des jeunes de la fonction publique québécoise, 70 % des répondants disent avoir attendu plus de trois mois avant de décrocher un poste. Près du quart d'entre eux ont même attendu plus d'un an.

Le projet de loi, ainsi que la Stratégie de gestion des ressources humaines déposée récemment par Mme Courchesne, devrait remédier à la situation.

Mais la réforme ne règle pas tout.

Car rendre la fonction publique plus attrayante aux yeux des jeunes qui arrivent sur le marché du travail, c'est une autre histoire.

Lorsque le message des partis, c'est qu'il faut «dégraisser», réduire la taille de la fonction publique, l'image du service public en prend un coup.

Le Forum des jeunes déplore en outre l'absence d'activités de reconnaissance du travail accompli. Une lacune aussi soulignée dans un sondage du Conseil du trésor auprès des cadres, qui aimeraient plus d'autonomie en ce qui concerne les mesures de reconnaissance au travail, allant jusqu'à des primes au rendement. Le projet de loi 72 n'aborde pas ces questions.

L'autre grand problème auquel est confronté l'État, c'est la gestion serrée de ses effectifs. Ainsi, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec constate que, dans la plupart des centres d'appel du gouvernement, l'employeur ne peut offrir d'horaires variables, en raison du manque de personnel.

Même s'il ne règle pas tous ces problèmes, le projet de loi 72 représente une amélioration importante et attendue. Il faut qu'il survive aux prochaines élections, quelle qu'en soit l'issue.

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