Les données d'un seul mois ne permettent pas de dégager une tendance. Lorsque l'organisme fédéral fera connaître en août le taux d'activité des jeunes pour le mois de juillet, le tableau sera probablement plus positif puisque c'est le cas d'année en année.
L'échantillon utilisé par Statistique Canada est aussi restreint, soulignent des économistes. Il est donc hasardeux de généraliser et d'affirmer que plus d'étudiants ont chômé durant l'été et qu'ils devront ainsi s'endetter davantage pour poursuivre leurs études et assumer la hausse des droits de scolarité.
La réaction alarmiste de la Fédération étudiante universitaire du Québec et de la Fédération étudiante collégiale du Québec est certes habile, car elle permet de garder la population attentive à la cause étudiante. Devant un taux de chômage effarant de 22,6 % enregistré chez les jeunes de la zone euro (50 % en Espagne et en Grèce, 30 % en Italie et au Portugal), la population canadienne est sensible, car personne n'a envie de voir une génération sacrifiée.
Le ton des associations étudiantes qui soutiennent que le gouvernement Charest est en train littéralement d'hypothéquer l'avenir du Québec est cependant exagéré. Nous n'en sommes pas là. Affirmer aussi que les données de Statistique Canada laissent présager le pire manque aussi de nuances.
Les associations trouvent dans l'enquête un argument supplémentaire pour soutenir que les étudiants ne pourront assumer sans conséquences graves (endettement accru, abandon des cours ou étalement des études) l'augmentation des frais. Elles évitent toutefois de rappeler que lorsque l'économie ralentit, les personnes plus scolarisées échappent plus facilement au chômage que celles qui ne possèdent pas de qualifications. Le diplômé universitaire est deux fois moins au chômage que la personne sans diplôme.
Les salaires touchés par les individus détenant une formation technique ou universitaire sont aussi plus élevés que pour ceux qui n'ont qu'un cinquième secondaire. L'éducation est un investissement dans son avenir et même si certains doivent s'endetter pour obtenir un baccalauréat, une maîtrise ou un doctorat, l'investissement s'avère rentable àlong terme.
Les leaders étudiants omettent également de préciser pourquoi les jeunes travaillent en moyenne 17 heures par semaine durant leur session. Des chercheurs québécois ont constaté que seulement 15 % des étudiants conciliaient travail et études pour leurs besoins de base. L'emploi rémunéré servait plutôt à participer activement à la société de consommation et à accroître leur autonomie par rapport à leurs parents.
Il est aussi passé sous silence le fait que ne pas fréquenter l'université découle davantage de facteurs culturels qu'économiques. Le rendement scolaire, l'influence des parents et la qualité de l'école secondaire fréquentée expliqueraient davantage que les revenus l'écart de participation aux études supérieures entre enfants de milieux plus pauvres et ceux de milieux plus aisés, concluait Statistique Canada en 2007.
L'OCDE arrive au même constat dans une étude récente. L'organisation soutient que des droits de scolarité élevés ou en croissance ne posent pas en soi une barrière significative aux étudiants aux revenus bas ou modestes s'ils sont compensés par une assistance financière adéquate.
Lorsqu'on examine diverses données, la situation des étudiants québécois est loin d'être aussi sombre que le prétendent leurs porte-parole.