Il est entendu, comme le souhaite le Directeur général des élections du Québec, Jacques Drouin, qu'il serait plus simple, plus invitant et moins coûteux de tenir des élections à date fixe.
En raison de son devoir d'impartialité, le grand mandarin relevant de l'Assemblée nationale ne l'ajoutera pas, mais ce serait surtout beaucoup plus équitable si le gouvernement perdait cet avantage de choisir son contexte électoral.
Le cabinet a déjà comme atout d'avoir à son service la machine administrative, il ne devrait pas en plus pouvoir cibler le moment le plus opportun pour demander son renouvellement de mandat.
Dans ce cas-ci, Jean Charest cherche manifestement à devancer les révélations potentiellement embarrassantes sur le financement du Parti libéral du Québec qui pourraient être entendues à la reprise des travaux devant la Commission Charbonneau en septembre. Il veut aussi profiter de la polarisation des points de vue autour de la hausse des droits de scolarité, polarisation favorisant l'équipe ministérielle.
Ceci dit, soutenir que cette dernière ne devrait pas pouvoir imposer «sa» date d'élections aux autres formations ne signifie pas que les libéraux vont empêcher les électeurs de s'exprimer librement et largement.
D'une part, la preuve a été faite que les derniers scrutins déclenchés pendant la période estivale ont été des succès de participation. La «manipulation» est donc à cet égard bien relative.
Et d'autre part, il y a fort à parier que les enjeux autour du prochain scrutin vont donner envie à bien des Québécois de se présenter aux bureaux de vote.
Au départ, le dossier majeur des droits de scolarité laisse bien peu de gens indifférents.
Au cours des derniers mois, les grandes associations étudiantes ont réussi à greffer à leur contestation tout un éventail de citoyens et de groupes de pression qui remettent en question le système économique et social, qui critiquent certaines politiques gouvernementales ou encore, qui soutiennent un autre parti.
Il y a cependant une marge entre un appui au gel des droits de scolarité et l'avènement de la démocratie directe souhaitée par les marginaux de la CLASSE.
Globalement d'ailleurs, les étudiants vont marcher sur un fil de fer en tentant d'influencer les électeurs. Ils vont vouloir en faire assez pour chasser les libéraux du pouvoir, sans en faire trop et provoquer un ressac.
Bien des Québécois n'oublieront pas que Jean Charest a bien mal géré cette crise et que son gouvernement a été secoué par diverses affaires remettant en question son éthique, notamment dans l'octroi de permis de garderie. Leur gestion laxiste des grands contrats publics n'a guère été rassurante non plus.
Par contre, la vigueur de l'économie québécoise comparée à ce qui se passe ailleurs demeure un atout important pour le cabinet libéral et une préoccupation majeure pour bien des électeurs. À cet égard, le Plan Nord peut être vu comme un bon stimulant ou, au contraire, comme une vente à rabais de nos précieuses ressources naturelles.
En somme, il y a amplement matière à élections. Et ni le gouvernement, ni les étudiants contestataires ne vont aisément réussir à imposer leurs vues au cours de cette campagne à venir.