Si le Québec n'était pas témoin depuis plus de deux ans d'une série d'allégations de copinage et de corruption dans l'octroi et la gestion des contrats publics ainsi que dans le financement des partis politiques, si aucune accusation criminelle ne venait les soutenir, si aucune législation n'avait été modifiée pour resserrer certaines règles et combler des lacunes, si une commission d'enquête n'avait pas été réclamée quasiment de tous, l'attentisme et le mutisme du ministre pourraient s'expliquer.
Tant qu'il n'est pas reconnu coupable de fraude, de complot pour fraude et d'actes de corruption dont l'accuse l'UPAC, le maire Marcotte jouit bien sûr de la présomption d'innocence. Nous vivons en effet dans un état de droit et ni la rue ni des opposants politiques ne peuvent se substituer aux tribunaux.
Mais le processus judiciaire pouvant être très long, que fait-on en attendant? Quand de sérieux soupçons pèsent sur un élu, quand un ministère conclut que des dispositions de la Loi des cités et villes ont été violées, que des contrats ont été accordés sans appel d'offres public, que le coût d'un projet a doublé, que des firmes ont été privilégiées, il n'est pas normal de rester les bras croisés en attendant une décision de la cour et de laisser un maire gérer les fonds publics comme si rien n'était jusqu'en novembre 2013. Une autre avenue doit être possible pour rassurer les contribuables.
Selon M. Lessard, aucune autorité légale ne lui permet actuellement d'intervenir auprès du maire pour qu'il se retire temporairement de son poste le temps que les tribunaux statuent sur son cas. Un chef de police municipal est remplacé s'il est accusé de conduite en état d'ébriété. Un prof quitte la classe s'il est accusé de harcèlement sexuel. Le dossier d'un maire peut s'alourdir sans conséquence? Une aberration. Pourquoi ne pas tenter de combler cette lacune pour éviter à l'avenir des cas semblables à celui de Mascouche?
Depuis que le gouvernement est sur la sellette, il a apporté des changements législatifs pour rehausser les règles de gouvernance et d'éthique des élus et pour mettre fin aux pratiques douteuses de syndicats, de firmes de génie et d'entrepreneurs de l'industrie de la construction. Récemment, la ministre du Travail s'est même engagée à déposer un autre projet de loi pour éliminer l'échappatoire trouvée dans la récente loi pour contrer la fraude dans l'industrie de la construction (loi 35) adoptée en décembre.
Pourquoi ne pas combler les faiblesses qui apparaissent dans les lois régissant le monde municipal? Impossible? Que le ministre et son gouvernement nous expliquent quelles sont les embûches et les contraintes plutôt que de dire qu'ils suivent la situation de Mascouche de très près. Une loi peut toujours être modifiée et bonifiée pour lui donner plus de mordant. Encore faut-il en avoir la volonté.
L'attitude du ministre Lessard laisse croire qu'il cautionne les comportements du maire de Mascouche. Le fait que M. Marcotte soit un ancien candidat du Parti libéral vient accentuer cette perception. À l'approche d'une campagne électorale, on s'attendrait à ce que Québec manifeste plus de rigueur.