Lise Thériault a montré l'automne dernier qu'elle pouvait tenir tête aux dirigeants syndicaux et à leurs fiers-à-bras. Sa confrontation en commission parlementaire avec le président de la FTQ, Michel Arsenault, a été mémorable. Elle a maintenu son projet de loi 33 abolissant le placement syndical, un objectif jugé irréalisable par ses prédécesseurs et des experts de l'industrie.
En ralentissant les activités sur les chantiers et en recourant à l'intimidation, les syndicats ont facilité la tâche de la ministre et permis au gouvernement de braquer l'attention du public sur certaines pratiques syndicales inacceptables plutôt que sur les allégations de collusion et de corruption dans l'octroi des contrats publics et le financement des partis politiques.
La ministre a gagné ce point, mais les deux syndicats opposés à sa réforme ont leur revanche avec les résultats du dernier maraudage. La FTQ-Construction a augmenté le nombre de ses membres de près de 1 %, tandis que le Conseil accuse un recul, mais non une saignée. Par contre, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), des alliés du gouvernement dans le dossier du placement syndical, perdent des plumes. Un gain de 4 % est par ailleurs réalisé par le Syndicat québécois de la construction, qui regroupe maintenant 10 % des salariés.
En changeant les règles du jeu et en introduisant le vote par la poste, Québec visait à faciliter le changement d'allégeance. Plus du double des salariés ont exercé leur droit de vote. Ce ne sont toutefois que 13 % des travailleurs qui ont tenu à s'exprimer.
La ministre semblait espérer davantage. Elle n'hésitait pas à dire que les travailleurs ne se feraient pas les complices de pratiques malsaines. «À partir du moment où tu donnes la chance égale à tous les syndicats, les syndiqués vont pouvoir changer d'accréditation syndicale s'ils le veulent», disait-elle.
Personne n'aime voir des brutes imposer leurs lois. Il faut cependant éviter d'attribuer des pratiques douteuses à tous et de limiter l'action syndicale à ce rôle. Les 173 000 travailleurs ne comptent pas uniquement sur le placement syndical et les gros bras pour avoir du boulot. Un comité mandaté par la ministre estimait que le placement touchait 15 % de la main-d'oeuvre.
Le président de la FTQ clame que le résultat du maraudage prouve que les travailleurs font confiance aux syndicats pour les défendre et non à la ministre du Travail. La partie de bras de fer est donc loin d'être terminée entre les deux. Elle change toutefois d'arène. Du Parlement, elle s'est déplacée à la Commission de la construction du Québec (CCQ), où 600 employés (FTQ) sont en grève depuis un mois. Un conflit de travail qui, selon la FTQ, nuit aux travailleurs de l'industrie, mais aussi, encourage le travail au noir. La pdg de la CCQ a aussi été blâmée par la Commission des relations de travail pour le recours à des briseurs de grève.
Mme Thériault a refusé jusqu'à maintenant d'intervenir. Sa patience peut vite devenir suspecte si le conflit s'éternise. Tant que le conflit perdure et tant qu'un règlement n'est pas adopté pour préciser comment la CCQ effectuera la référence de main-d'oeuvre à la place des syndicats, il est également impossible d'évaluer l'efficacité de sa réforme sur les chantiers. Voter une loi est une chose, l'appliquer en est une autre.