Les problèmes de Marjorie

Brigitte Breton
Le Soleil

(Québec) Si le geste désespéré de Marjorie Raymond a convaincu parents, élèves, personnel scolaire et politiciens de ne plus prendre à la légère l'intimidation à l'école, la même conscientisation s'impose à l'égard des troubles mentaux qui affectent les jeunes. Ce n'est pas que l'intimidation à l'école dont ses proches la disaient victime qui a poussé l'adolescente à se suicider en novembre. Le rapport du coroner sur les circonstances de son décès pointe en effet vers une dépression majeure non traitée.

«Un suicide n'est jamais causé par un seul facteur ou événement. Il est généralement provoqué par une interaction complexe de nombreux facteurs, tels que maladie mentale ou physique, abus toxiques, perturbations familiales, conflits interpersonnels et stress vital», prend soin d'indiquer le coroner Jean-François Dorval, en citant l'Organisation mondiale de la santé. Un rappel qui n'est pas superflu.

Devant la difficulté d'accepter et de comprendre qu'une jeune fille de 15 ans puisse préférer la mort à la vie, l'intimidation est vite devenue l'unique explication à la détresse de Marjorie Raymond, de Sainte-Anne-des-Monts. Pour sa famille, son mal de vivre était l'école. Marjorie ne pouvait tout simplement plus supporter l'intimidation dont elle était victime.

La jeune fille est ainsi devenue, avec le concours des médias et des réseaux sociaux, le symbole de l'intimidation à laquelle il fallait s'attaquer dans toutes les écoles. L'élève identifiée comme son intimidatrice et sa famille ont été envahies de messages haineux. Le personnel de l'école a été accusé de n'avoir rien fait pour mettre fin au harcèlement. Le ministre de l'Éducation a aussi été critiqué si bien qu'il a donné plus de mordant à son plan d'intervention pour contrer la violence à l'école. Ce qui s'imposait, car certains minimisaient toujours les effets dévastateurs de l'intimidation.

La loupe se posant uniquement sur l'intimidation, d'autres éléments de la réalité de Marjorie ont cependant été occultés. Le travail du coroner a permis d'élargir la portée du regard et de déceler d'autres facteurs troublants qui nécessitent aussi une réflexion.

La jeune fille avait jonglé plus d'une fois avec la mort avant de poser l'acte fatal le 28 novembre. Marjorie avait aussi consulté plus de 100 fois l'intervenant social de l'école. Le psychologue de la polyvalente avait aussi tenté d'aider la jeune fille aux prises avec des difficultés scolaires, la séparation avec son amoureux et des rapports conflictuels avec d'autres élèves. Mais en vain, l'adolescente refusait son soutien.

Le coroner constate que Marjorie n'a pas rencontré de professionnels pour évaluer si elle avait les symptômes permettant de faire un diagnostic de dépression majeure. Et pourtant, il estime qu'à l'école et dans sa communauté, les services étaient disponibles. Le risque suicidaire nécessitant une intervention immédiate n'a cependant pas été identifié auprès des personnes ressources de son milieu, conclut-il.

Comment expliquer un si bête constat? Bien sûr, même des personnes prises en charge par des professionnels se donnent la mort dans un moment d'extrême détresse. D'autres évitent cependant de commettre l'irréparable s'ils reçoivent des soins adéquats et reprennent goût à la vie. Il faut savoir reconnaître et admettre que nous avons ou qu'un proche a besoin de soutien professionnel, il faut aller chercher cette aide et la proposer.

Le taux de suicide chez les 15-19 ans est en baisse depuis 10 ans. En mettant de côté les tabous qui entourent encore les troubles mentaux, en ne confondant pas crise d'adolescence et dépression et en misant sur la prévention, d'autres jeunes vies pourront être sauvées et des familles éviteront d'être hantées à jamais par le départ brutal d'un être cher.

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