Il est facile de comprendre les attaques cinglantes du gouvernement libéral et de la Coalition avenir Québec à l'endroit de celui qui gagnait sa vie jusqu'à récemment à scruter leurs déclarations, décisions et activités. Et il est tout à fait normal que libéraux et caquistes aient l'impression d'avoir eu affaire à un agent double et de ne pas avoir été traités avec équité.
D'autant plus que Pierre Duchesne est aujourd'hui une menace directe à leurs intérêts partisans et électoraux. Fin connaisseur de la vie politique québécoise et canadienne, à l'aise avec les dossiers de l'Assemblée nationale, communicateur professionnel et analyste rompu à la recherche et à l'examen critique du comportement des élus, il est de ceux que l'on souhaite avoir dans son camp plutôt que dans celui de ses adversaires. Dans l'oeil de la population, enfin, il est déjà consacré vedette politique péquiste.
Pour ce qui est de l'accroc à l'éthique signalé par différents médias qui ont relayé des informations suggérant qu'il y a eu tractations entre l'ex-journaliste et l'organisation du Parti québécois des mois avant qu'il n'annonce son départ de la société d'État, il est dérangeant. Et c'est heureux qu'il en soit ainsi. La profession journalistique ne peut guère se permettre ces temps-ci d'alimenter les doutes sur son intégrité.
Mais en même temps, il n'y a aucune preuve directe de ces vieux échanges Duchesne-PQ, qui sont par ailleurs farouchement démentis par le principal intéressé.
Mais surtout, le comportement professionnel de Pierre Duchesne au cours des derniers mois a été le comportement normal d'un analyste politique, et non celui d'un partisan biaisé protégeant le PQ et sa chef Pauline Marois. Et ça, c'est l'élément le plus important à souligner dans ce dossier particulier.
Les critiques de l'ex-radio-canadien n'ont pas détonné ces dernières semaines par rapport aux faits ni n'ont paru en porte-à-faux par rapport aux commentaires lus et entendus ailleurs dans les médias. Pierre Duchesne, lui, n'a pas commis une bourde du genre de celle de son ex-collègue Bernard Drainville, qui, quatre jours avant de plonger en politique, faisait une entrevue avec son futur chef sous son déguisement de chef de bureau de Radio-Canada à l'Assemblée nationale, comme si de rien n'était.
Le comportement attendu des journalistes lorsqu'ils engagent des tractations pour revêtir les habits du joueur partisan est qu'ils suspendent aussitôt leurs affectations politiques.
Mais il y a la théorie et la réalité souvent plus équivoque, moins noir et blanc. Le Parti québécois peut ainsi avoir perçu chez Pierre Duchesne certaines affinités souverainistes, notamment à la suite de la publication de sa biographie de Jacques Parizeau, et lui avoir alors fait des appels du pied. Mais la première intervention à caractère franchement partisan entendue en ondes de la bouche de l'ex-journaliste est celle, virulente, qu'il a faite hier matin en conférence de presse.
Pour l'heure en tout cas, il faut considérer que l'entrée en scène de M. Duchesne sur la scène politique est positive puisqu'elle devrait contribuer à rehausser la qualité du débat public au Québec.