La saison estivale commence à peine et déjà le Québec compte 40 décès par noyade. Un triste bilan qu'il faut bien sûr tenter de corriger mais en prenant bien soin de ne pas créer un faux sentiment de sécurité chez les enfants et leurs parents. Le programme risque d'avoir cet effet si des règles de base sont occultées, si les parents concluent qu'il n'est pas nécessaire d'inscrire leurs petits à des cours de natation complets et que des rappels à la prudence ne sont pas effectués année après année.
Il suffit d'examiner les faits saillants sur les noyades et autres décès liés à l'eau au Québec entre 2000 et 2008 pour s'en convaincre. On constate dans ce rapport du MELS qu'environ 25 % des victimes par noyade ne savaient pas nager ou très peu. Que s'est-il produit pour que les 75 % de supposés nageurs coulent? Témérité, négligence, imprudence et inattention sont malheureusement à montrer du doigt.
Quelques statistiques éclairantes : 21 % des victimes avaient une alcoolémie supérieure à 8 mg d'alcool par 100 ml de sang; 36 % avaient consommé des drogues; 28 % se baignaient seules; des enfants de moins de cinq ans composent le tiers des décès dont 50 % sont survenus en l'absence des parents. Deux décès sur trois se sont produits dans des lacs et des rivières.
Sortir les enfants des écoles à trois reprises pour leur faire réaliser une culbute dans une piscine, se maintenir 60 secondes à la surface de l'eau et tenter de nager deux longueurs de piscine ne peut donc être considéré comme une panacée. Nager pour survivre est une expérience de sensibilisation et d'évaluation des enfants de huit ans, et non un cours de natation. Il ne rend pas non plus facultative la surveillance.
Les projets-pilotes menés au Québec (notamment à la commission scolaire des Découvreurs) montrent que 36 % des jeunes ont réussi à réaliser les trois exercices au terme des trois séances d'une heure, 43 % y sont arrivés avec une veste de flottaison et 21 % ont échoué même en portant une telle veste. Avant l'exercice, la majorité des enfants affirmaient pourtant savoir nager. Comme de nombreux adultes, ils confondaient «se baigner» et «nager».
Pour que le programme soit efficace, il faut donc que les parents dont les enfants n'ont pas les habiletés requises dans l'eau s'assurent qu'ils portent une veste de flottaison, les inscrivent à des cours et les surveillent étroitement. L'Ontario a vu les inscriptions pour la formation aquatique augmenter de plus de 25 % depuis l'introduction de Nager pour survivre, il y a sept ans. Selon la Société de sauvetage, il est cependant trop tôt pour dire si le nombre de noyades est en baisse grâce au programme.
Le nombre élevé de décès par noyade peut laisser croire que le Québec ne fait rien pour sensibiliser le public, pour rendre la baignade plus sécuritaire et réduire les risques. Pourtant, des progrès ont été enregistrés au cours des 20 dernières années. La moyenne annuelle était de 125 décès entre 1991 et 1999, comparativement à 80 au cours de la dernière décennie.
De simples mesures de prévention contribuent à limiter le nombre de victimes. Clôturer les piscines, apprendre à nager, assurer une surveillance à la piscine et près des plans d'eau, porter une veste de flottaison et ne pas s'aventurer à nager et à plonger n'importe où évitent que la baignade ou la sortie sur l'eau se transforme en tragédie. Prudence et vigilance ne peuvent se permettre de vacances.