Mme Oda a fait la démonstration qu'elle a trop peu de considération pour l'argent des contribuables pour qu'on lui en confie d'autre. Dans l'esprit de ses concitoyens, elle sera pour toujours la ministre des hôtels de grand luxe, des coûteuses limousines et du jus d'orange à 16 $.
Le pire, c'est qu'on lui avait tapé sur les doigts à sa première assignation ministérielle pour une dépense exagérée. Or elle a réussi à faire bien pire à sa seconde affectation. Conclusion, comme gestionnaire, cette femme vit nettement au-dessus de «nos» moyens.
Et autre tache à son dossier, elle a menti à ses collègues en Chambre dans le dossier du financement de l'organisme Kairos.
Le premier ministre Harper est évidemment derrière cette démission forcée de la députée conservatrice de Durham réélue il y a à peine un an. Au moins ça, c'est rassurant. C'est en effet une première manifestation de sensibilité à l'égard de l'opinion publique de la part du chef conservateur. Depuis son élection majoritaire, il se comportait en effet comme s'il n'avait de comptes à rendre qu'à lui-même.
En fait, même si le prochain scrutin fédéral n'est que dans trois ans, Stephen Harper est sans doute conscient qu'il ne peut attendre à la dernière minute pour stabiliser un bateau qui commence à tanguer sérieusement.
Aux prochaines élections générales, il devra d'une part combattre l'image d'un gouvernement usé après 10 ans de règne. Et, d'autre part, en face de lui, Thomas Mulcair sera probablement la plus sérieuse menace à laquelle
M. Harper a eu à faire face depuis sa prise du pouvoir initiale en 2006.
Le chef de l'opposition officielle aux Communes travaille avec un certain succès à élargir la clientèle néo-démocrate dans les provinces atlantiques, en Ontario et en Colombie-Britannique, où l'insatisfaction à l'égard du gouvernement conservateur est importante selon les sondages.
Chose certaine, Stephen Harper va devoir faire plus que le mini-remaniement d'hier qui comblait le fauteuil vacant de Bev Oda pour convaincre les Canadiens que son équipe reste à la hauteur des défis à relever. L'occasion a en effet été ratée de réaffecter ou de remplacer certains joueurs bien décevants de son cabinet.
Les Peter MacKay à la Défense nationale et Peter Kent à l'Environnement sont assurément les deux maillons les plus faibles de la chaîne ministérielle fédérale. Le premier a mis son gouvernement dans l'embarras avec sa gestion très déficiente du dossier majeur d'acquisition des chasseurs F-35, et l'invisibilité du deuxième a un peu trop mis en relief l'absence de toute préoccupation écologique chez les conservateurs.
Ce n'est donc pas cette fois-ci que la région de Québec va voir les ministres Maxime Bernier et Steven Blaney prendre du galon et surtout augmenter leur influence en accédant au cercle restreint des joueurs majeurs qui côtoient régulièrement le premier ministre.
Mais s'il veut renouer avec le Québec, Stephen Harper va avoir besoin de plus de Québécois directement autour de lui pour le conseiller. Comme il l'a démontré récemment en affirmant que les officiers du Parlement devaient être bilingues, le ministre Bernier est de ceux qui ont l'audace d'appeler un chat un chat quand vient le temps d'éclairer la lanterne du chef.