La réponse n'est pas simple. Pourquoi? Parce que nous sommes trop souvent, collectivement et même individuellement, ambivalents devant la langue française. Nous voulons la protéger, d'autant plus qu'au Québec elle forge notre identité, mais d'un autre côté, nous sommes prompts à recourir à l'anglais pour brasser des affaires, pour divulguer les résultats de recherches scientifiques, pour percer un marché culturel plus vaste, pour attirer des immigrants, bref, pour rejoindre le plus de monde possible. Le même dilemme se pose au Québec et ailleurs.
Comment faire pour ne pas succomber au «tout en anglais», pour ne pas reléguer la langue française à un statut inférieur? L'exercice de réflexion que mènent cette semaine quelque 1000 francophiles réunis à Québec peut paraître oiseux, car il ne se traduira pas par des engagements politiques. Il est néanmoins utile, car il donne l'occasion de faire le point et de réactiver les mécanismes de vigilance chez ceux qui ont à coeur la protection et l'usage du français dans toutes les sphères d'activité. L'exercice ne peut donc être vain s'il sert de réveil à certains et de pistes à explorer pour d'autres.
Nous le constatons au Québec. L'adoption de la loi 101 a donné confiance aux Québécois francophones et leur a permis d'aspirer à un autre destin que celui de porteurs d'eau. L'effet est si réussi que certains ne voient plus l'utilité d'une loi contraignante en matière d'affichage, de langue d'enseignement ou de langue au travail. Défendre le français paraît ringard et est perçu comme un repli sur soi.
Le danger de glissement est pourtant réel si nous baissons la garde. Sur ce point aussi Abdou Diouf a su trouver les mots qui font image. «On est au plus près du danger quand on croit n'avoir rien à craindre.»
En sol québécois, la Caisse de dépôt et placement en a fourni un exemple éloquent en nommant des unilingues anglophones à des postes stratégiques, forçant des employés de Montréal à travailler en anglais. Cette nouvelle a permis aussi de réaliser que l'anglais prenait une place démesurée dans d'autres organisations et que même des organismes gouvernementaux n'hésitaient pas à s'adresser aux citoyens dans la langue de Shakespeare.
Nous devons collectivement nous ressaisir. Cela ne veut pas dire que nous refusons d'apprendre et de parler l'anglais ou une autre langue, mais bien que nous faisons tout pour conserver la première place au français et éviter qu'il ne devienne une langue de second ordre.
La protection de la langue sera assurément un des thèmes abordés lors de la prochaine campagne électorale. Évitons de tomber dans les travers habituels, comme Bernard Landry qui estime que la principale menace du français au Québec est le fait canadien.
Certes, l'attitude d'un Stephen Harper qui présente la diversité culturelle comme un atout, mais nomme des unilingues anglophones aux postes de vérificateur général et de juge à la Cour suprême, est détestable. Mais, même souverain, le Québec aurait à se positionner sur l'usage du français et de l'anglais dans ses rapports commerciaux, dans ses écrits scientifiques, dans ses produits culturels ou technologiques. Prétendre le contraire est utopique lorsqu'on est entouré d'anglophones et que l'anglais s'impose dans le monde et dans Internet. Il ne suffit pas de s'indigner. Il faut aussi soumettre un plan réaliste qui concilie protection du français et épanouissement et avancement des francophones.