Même s'il s'en défend, le gouvernement est accusé d'avoir laissé pourrir le conflit étudiant à des fins purement partisanes. Avant même le déclenchement des élections, Jean Charest fait déjà valoir dans une publicité qu'il est responsable et sait se tenir debout et prendre des décisions difficiles, même lorsque la pression est forte pour l'inciter à fléchir.
Si les libéraux ont voulu faire cette démonstration avec les étudiants opposés à la hausse des droits de scolarité, ils pourraient à nouveau recourir à la ligne dure avec la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), représentant les professeurs de 13 des 14 cégeps perturbés par la grève des collégiens, de février à mai.
Un gouvernement qui tient tête aux centrales syndicales, cela aussi plaît à plusieurs électeurs qui trouvent que les syndicats en mènent trop large au Québec et coûtent cher aux contribuables qui ne jouissent pas d'une convention collective «chromée». Le Parti libéral pourrait bien espérer quelques votes en exploitant ce filon.
Il serait par ailleurs naïf de penser que les calculs politiques répugnent aux syndicats. La CSN n'est pas une alliée naturelle du PLQ et ses récriminations à l'égard du gouvernement vont bien au-delà du dossier étudiant.
Entretenir le chaos
La tentation peut donc être grande pour la FNEEQ, à l'approche d'un scrutin, de démontrer qu'il est impossible de s'entendre avec ce gouvernement, que celui-ci fait tout pour ne pas assurer une rentrée calme dans les cégeps, préférant entretenir le chaos.
L'organisation syndicale évoque déjà la possibilité de recourir à des moyens de pression. Sa marge de manoeuvre est toutefois limitée. La convention collective des enseignants expire seulement en 2015. Tout arrêt de travail ou moyens de pression lourds seraient donc illégaux. La loi 78, permettant aux étudiants de recevoir l'enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu'ils fréquentent, les incite aussi à rester en classe.
Sur la place publique, le syndicat peut toutefois marteler que le gouvernement est insensible aux jeunes et qu'il n'a pas à coeur leur réussite puisqu'il refuse d'embaucher suffisamment de professeurs pour leur fournir un enseignement et un encadrement de qualité pour les sessions comprimées de l'hiver et de l'automne qui se dérouleront de la mi-août à décembre.
Même si les enseignants ont été payés ce printemps lorsque les élèves étaient dans la rue plutôt qu'en classe, Québec reconnaît qu'il doit les dédommager pour qu'ils terminent d'août à octobre la session inachevée. Les profs ont eu beau supporter la cause étudiante, légalement, Québec ne peut prétendre qu'ils doivent terminer la session bénévolement et sans appui. Les parties doivent réussir à s'entendre sur le nombre d'enseignants requis pour dispenser efficacement les cours. Plus de profs signifie évidemment plus de millions à dépenser pour un gouvernement qui en a déjà englouti plusieurs pour assurer la sécurité dans les rues et sur les campus. Il serait d'ailleurs intéressant que Québec dévoile le total de la facture.
Les derniers mois ont été difficiles pour les étudiants fréquentant les 14 des 48 cégeps touchés par le boycott des cours. Vifs débats entre carrés rouges et verts, manifestations, arrestations et session bouleversée ont perturbé la vie de plusieurs d'entre eux. Il serait irresponsable d'en rajouter en les utilisant à des fins bien éloignées de l'accès aux études et de la réussite scolaire.