Si Scouts Canada tente d'adopter un comportement exemplaire, cela n'a malheureusement pas toujours été le cas. Comme d'autres organismes mis devant une réalité rebutante et à qui on reproche une réaction inappropriée, Scouts Canada a nié et minimisé les accusations lancées l'automne dernier par le réseau CBC. La chaîne révélait que des responsables américains et canadiens du mouvement avaient passé sous silence des agressions, et protégé par des ententes secrètes les abuseurs plutôt que les jeunes victimes.
Scouts Canada a vite cependant corrigé le tir plutôt que de faire porter encore sur les épaules des victimes le poids de son laxisme et de son irresponsabilité. L'organisation a finalement admis que des ententes confidentielles à l'amiable avaient été signées avec des victimes présumées et qu'elle n'avait pas toujours appliqué un système efficace pour éviter que des adultes abusent sexuellement d'enfants dont ils avaient momentanément la charge.
Scouts Canada a aussi offert des excuses publiques et transmis les cas d'abus aux autorités policières concernées. L'association a aussi confié à un tiers, la firme privée KPMG, le soin d'étudier ses archives de 1947 à 2011 et de lui dresser un bilan de la situation.
La firme vient de terminer son travail, et son rapport est accessible sur le site de Scouts Canada. KPMG conclut que Scouts Canada a manqué à son devoir de rapporter les inconduites de nature sexuelle contre des jeunes. Sur une période de 64 ans, près de 500 dossiers de suspension ou de résiliation ont pu être reliés à des agressions sexuelles. La firme estime cependant que Scouts Canada n'a pas cherché sciemment, par un système bien établi, à cacher ces cas d'abus. Elle note des ratés dans les procédures de prévention et de dépistage des délinquants sexuels à travers le mouvement.
Le dossier est ainsi clos? Non. Il n'appartient pas à une firme privée mais bien aux tribunaux de considérer les faits et de désigner les fautifs. Aux victimes de décider si elles empruntent la voie judiciaire pour clore cette partie douloureuse de leur vie et si elles tentent d'obtenir des compensations pour les séquelles subies.
Il est néanmoins encourageant de constater qu'une organisation tente de faire la lumière sur son passé trouble plutôt que de cacher des éléments pour protéger sa réputation alors qu'elle doit veiller au bien-être des enfants. Heureux aussi qu'elle prenne des dispositions pour éviter que les erreurs du passé se reproduisent. Pour certaines personnes abusées, le fait que Scouts Canada reconnaisse ses torts suffira à tourner la page sur une expérience non désirée et honteuse. Pour les parents dont les enfants adhèrent au mouvement scout, la réaction de l'institution contribuera à rétablir la confiance. Ce qui est évidemment le but recherché.
Il est certes impossible d'éliminer tous les risques d'abus. Des individus profiteront toujours de la plus petite faille dans un système pour assouvir leur désir. Mais, au moins, s'il est clair que les écarts ne seront pas tolérés dans une organisation, voire qu'ils seront vertement dénoncés et punis par les autorités, les pervers sexuels se tiendront forcément plus loin.
Une autre leçon est à tirer de l'expérience de Scouts Canada. Même si une organisation veut étouffer la vérité et déploie des moyens douteux pour y parvenir, celle-ci finit toujours par émerger des années de silence et de camouflage. La banalisation et l'incurie rendent alors les gestes faits encore plus odieux.