Le confort et l'indifférence

Élisabeth Fleury
Le Soleil

(Québec) Rio de Janeiro, 14 juin 1992. Le plus grand rassemblement de chefs d'État de l'histoire prend fin dans l'enthousiasme : on vient d'adopter un ambitieux plan d'action sur la gestion durable des forêts, la biodiversité, les changements climatiques et la désertification. Les États promettent de faire de l'économie mondiale une économie plus verte.

Rio de Janeiro, 22 juin 2012. Autre rassemblement, autre accord. Les gouvernements renouvellent leur engagement envers l'économie durable, la préservation de la planète et l'éradication de la pauvreté. Mais le texte manque de conviction. Pas d'engagements contraignants ni d'objectifs définis et chiffrés. Que de vagues intentions. L'enthousiasme et l'ambition de 1992 se sont perdus sur le chemin de la mondialisation débridée, de la croissance économique à tout crin et de la consommation à outrance.

L'accord ne contient ainsi aucun engagement contraignant sur la suppression des subventions aux énergies fossiles, pourtant un des principaux enjeux de Rio+20. Selon l'Agence internationale de l'énergie, les subventions mondiales à l'industrie des combustibles fossiles s'élèveraient en 2012 à plus de 730 milliards $.

Le Canada de Stephen Harper - encore lui - est de ceux qui ont refusé de s'engager à mettre fin à ces subventions. Pas question pour celui qui a encore mérité un prix Fossile de laisser tomber ses grands pollueurs. L'idée que l'abolition des subventions à l'industrie des énergies fossiles puisse réduire de façon significative l'émission des gaz à effet de serre à l'origine des changements climatiques lui fait une belle jambe. Le gouvernement Harper ne conçoit pas le développement durable comme une opportunité, mais comme un obstacle à l'expansion de l'industrie des sables bitumineux.

Cette conception à courte vue de l'économie et de l'environnement l'a aussi guidé dans son refus de signer un nouveau traité sur la protection de la biodiversité en haute mer, autre enjeu fondamental de Rio+20. Les conservateurs n'ont pas envie de prendre le risque qu'une nouvelle entente sur la biodiversité en haute mer freine l'ardeur des entreprises qui ont des intérêts dans l'exploitation minière et pétrolière sous-marine.

Mais le Canada n'est pas le seul responsable de la faiblesse de l'accord de Rio+20. D'autres pays, notamment les États-Unis, ont largement contribué à diluer le texte final, qui ne contient aucun progrès tangible sur une nouvelle gouvernance mondiale du développement durable. La proposition défendue par l'Union européenne et les pays africains de créer une véritable agence mondiale de l'environnement, un peu à l'image de l'Organisation mondiale de la santé, a été farouchement combattue par les États-Unis. De la même façon que la proposition des pays en voie de développement de créer un fonds de 30 milliards $ pour le développement durable est restée sans suite.

Voilà pour Rio+20. Le Canada sera resté fidèle à sa réputation de «voyou climatique». Les pays pauvres n'auront pas réussi à imposer leur vision aux pays riches. La négociation multilatérale et la capacité collective à régler les problèmes de la planète auront encore une fois démontré leurs limites. Les pays industrialisés et ceux en émergence auront derechef privilégié un accord non contraignant sur l'économie durable. Les plus grands pollueurs du monde auront une fois de plus fait le choix de l'immobilisme.

Mais à quoi bon participer à de grandes conférences sur le développement durable si les États ne s'engagent pas fermement à diminuer leur empreinte écologique?

La biosphère montre des signes évidents de déclin. Les ressources naturelles s'épuisent et l'érosion de la biodiversité s'accroît à un rythme alarmant. À Rio+20, l'heure était à l'action, pas aux déclarations de principes.

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