Les changements hérissent le président de l'Association médicale canadienne, qui accuse Ottawa de tourner le dos aux plus vulnérables, qui fuient leur pays d'origine.
Il a tout à fait raison. La réforme du Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) rappelle le vieux Scrooge, ce personnage avaricieux du conte de Charles Dickens qui répugne à donner le moindre sou aux défavorisés.
La loi accorde ainsi au ministre le pouvoir de dresser une liste de pays «désignés», qu'il juge sécuritaires. À compter du 30 juin, les demandeurs d'asile provenant de ces pays n'auront plus droit à l'assurance maladie. Il leur reste toutefois une certaine protection. En effet, l'État assumera leurs frais médicaux, mais si, et seulement si, leurs problèmes de santé présentent un risque pour les Canadiens.
Par ailleurs, on coupe à tous les demandeurs d'asile, quelle que soit leur origine, la couverture pour les médicaments, les soins dentaires, pour les problèmes de vision ou de mobilité.
La raison? Par équité envers les Canadiens, pour qui ces soins ne sont pas couverts par l'assurance maladie, explique le ministre de l'Immigration et de la Citoyenneté, Jason Kenney. Ce qui est inexact puisque l'aide sociale couvre ces coûts pour les démunis.
C'est tout de même édifiant d'entendre un ministre de ce gouvernement, qui accuse ses adversaires de «diviser» le pays en opposant l'Est et l'Ouest, faire passer les demandeurs d'asile pour de véritables privilégiés aux yeux des Canadiens.
Ces coupes aux soins de santé s'ajoutent aux changements prévus par le projet de loi C-31, qui vise à réformer tout le système de traitement des demandes d'asile. Entre autres, le projet impose des délais impossibles aux réfugiés pour présenter leur dossier; certaines catégories de demandeurs d'asile n'auront plus le droit d'interjeter appel d'une décision au tribunal de l'immigration. Ils devront s'adresser à la Cour fédérale, mais pourront être expulsés avant même une décision. Des demandeurs qui arrivent en «groupe» pourront être jetés en prison selon l'humeur du ministre.
En 2009, une quinzaine de professeurs de droit de plusieurs universités au pays dénonçaient le discours de Jason Kenney. «En se permettant des généralisations grossières, il fait preuve de mépris pour tout le soin et l'ouverture d'esprit que ce travail exige», ont-ils déploré dans une lettre ouverte.
Nul ne peut nier qu'on doive trouver des solutions à l'engorgement du système d'accueil et de tri des réfugiés. Quelques mesures de C-31 vont dans ce sens, mais dans l'ensemble ce projet et la réforme du Programme de santé qui l'accompagne apportent des solutions simplistes, empreintes de préjugés, à une problématique complexe.
Sur une page du site Web d'Immigration et Citoyenneté Canada, on peut lire que «la compassion et l'équité des Canadiens sont une grande source de fierté...»
Vraiment? Ces politiques qui divisent des demandeurs d'asile entre «bons» et «méchants», à partir d'une idéologie arbitraire, sans consulter ceux qui oeuvrent dans ce domaine, ternissent l'image du pays.
Économiser 20 millions$ par année sur le dos de demandeurs d'asile, et ensuite investir 28 millions$ afin de célébrer la «Guerre de 1812»? C'est ça la compassion et l'équité des Canadiens?