Soyons clairs. Nous ne remettons pas en question la qualité des cours et des stages dispensés jusqu'à maintenant par les 45 cégeps du Québec. Ceux-ci ont qualifié des milliers de femmes et d'hommes compétents pour soigner les malades. Qui plus est, l'expérience et la formation reçue dans les milieux de travail ont enrichi le bagage des diplômés. Il va de soi que ces acquis doivent être reconnus et que personne n'aura à s'inscrire à l'université pour terminer sa carrière.
Mais une technique en soins infirmiers est-elle encore suffisante pour préparer les infirmières dont notre système de santé aura besoin en 2020? Si une prise de sang est toujours une prise de sang, des choses ont changé dans la façon de dispenser les soins, dans l'organisation des services et dans les rôles dévolus à chaque professionnel de la santé. Les infirmières qui sortent des cégeps sont-elles outillées pour jouer un rôle-clé et plus actif dans tous les départements de l'hôpital, dans les CHSLD, dans les cliniques et à domicile, de pair avec les autres professionnels?
Pour l'Ordre, dont rappelons-le la mission est la protection du public, la formation doit forcément être relevée. Québec doit soupeser son argumentaire et décider si les besoins en soins infirmiers seraient mieux comblés à l'avenir si toute la relève infirmière passait par les universités.
Lorsqu'il compare la formation des diplômées des cégeps avec celle du reste du Canada et de pays d'Europe, l'Ordre constate un déficit de deux ans, soit de 2500 heures. Si ailleurs le passage à l'université est jugé obligatoire, comment le Québec peut-il s'en passer étant donné qu'il doit répondre aux mêmes impératifs de qualité et de sécurité, au même défi de rendre le maximum de services en limitant la croissance des coûts?
Pour améliorer l'efficacité du réseau et pour alléger la tâche des médecins, de nouveaux actes ont été délégués aux infirmières ces dernières années. Les infirmières doivent pouvoir occuper pleinement et avec confiance ce nouveau champ d'exercices. Un bon nombre d'infirmières expérimentées partiront à la retraite au cours des prochaines années. L'expérience ne sera plus là pour pallier les lacunes de la formation initiale.
Certains craignent que des jeunes renoncent à la profession si les exigences sont accrues. L'Ordre n'a pas constaté ce phénomène à l'extérieur du Québec. Au contraire, le nombre de recrues aurait augmenté. Il note aussi que 45 % des diplômées des cégeps poursuivent leurs études à l'université. Certaines d'entre elles accomplissent en même temps 1200 heures de travail dans les établissements de santé. La proposition de l'Ordre de créer un statut d'interne entre la fin du cégep et la fin du bac apparaît donc réaliste.
Il faudra payer davantage pour des infirmières bachelières? Certainement. L'Association des établissements de santé, favorable au bac obligatoire, le reconnaît. Il y a cependant des économies à faire en enrichissant la formation de base plutôt que de constamment compenser par de la formation en milieu de travail. Certaines tâches sont aussi moins onéreuses si elles sont réalisées par une infirmière plutôt que par un médecin. Les erreurs et une productivité moindre engendrent aussi des coûts.
Rendre le baccalauréat obligatoire exigerait bien sûr des réaménagements dans les cégeps et les universités. Rien n'est insurmontable. L'intérêt des malades et des futures infirmières doit primer.