Scénario invraisemblable? Depuis Duplessis, les Québécois n'accordent pas un quatrième mandat de suite à un parti. Des revirements de situation surprenants sont cependant possibles sur la scène politique. Qui aurait cru que le Nouveau Parti démocratique dominerait au Québec et deviendrait l'opposition officielle à Ottawa? Qui pensait l'été dernier que Pauline Marois demeurerait à la barre du Parti québécois (PQ) déserté par une poignée de députés? Qui avait prévu que la Coalition avenir Québec de François Legault perdrait si rapidement son élan?
Les élections partielles ont rappelé les libéraux à l'ordre. Ils ont perdu au profit du PQ une circonscription qui leur était acquise depuis près de 50 ans. La semaine en a donc été une de rattrapage pour finaliser des dossiers et d'efforts pour polir leur image avant les vacances et peut-être même, avant le déclenchement des élections. Un exercice peu convaincant compte tenu des deux lourds boulets qu'ils traînent: le conflit étudiant et les allégations de mauvaise gestion et de corruption dans l'octroi des contrats publics.
Préférant être critiqué pour un maigre bilan législatif - mais qui donc s'en soucie quand l'insatisfaction est à son comble? -, le gouvernement a sacrifié des projets de loi majeurs (Société du Plan Nord, régime minier, diverses mesures budgétaires). Après avoir martelé durant le conflit étudiant qu'il fallait respecter les règles démocratiques, les libéraux n'ont pas osé cette fois-ci recourir au bâillon pour accélérer leur adoption.
Belle tentative, mais qui a oublié que la manoeuvre a été utilisée il y a un mois pour imposer la loi 78 mettant fin à la grève des étudiants et encadrant de façon stricte les manifestations? Le premier ministre a beau critiquer quotidiennement Pauline Marois parce qu'elle arbore le carré rouge, il n'en demeure pas moins que son gouvernement a échoué à trouver un terrain d'entente avec les étudiants. Si un dénouement n'est pas trouvé cet été, les cours risquent de reprendre en août dans un autre climat de crise. Il est loin d'être assuré que son parti en tirera profit. Mieux vaut compter sur un règlement et démontrer que sans plier devant les étudiants, il peut ramener une fois pour toutes la paix sur les campus.
Par ailleurs, s'il croyait que la commission Charbonneau lui assurait un été paisible, c'est foutu. Le témoignage de Jacques Duchesneau suggère que sa volonté de procéder à un grand ménage était, en plus d'être tardive, bien superficielle. Les trouvailles au ministère des Transports auraient suscité davantage l'indifférence des élus libéraux que la révolte. Avec ce témoignage, les actions faites par le gouvernement pour remettre de l'ordre et rehausser l'éthique dans les façons de faire de l'État deviennent encore plus suspectes aux yeux de certains. Les efforts pour minimiser les critiques du Vérificateur général dans les dossiers des garderies et des installations sportives sont aussi minés.
Des milliers d'étudiants ont raté leur dernière session, mais les libéraux aussi. Une réussite pour les partis d'opposition? Le mérite revient surtout aux citoyens qui sont descendus dans la rue ou ont dénoncé l'attitude gouvernementale dans divers dossiers. Le défi de l'opposition est de répondre à ses doléances sans tomber dans le populisme, l'immobilisme ou l'opportunisme, tous néfastes pour l'avenir du Québec.